23h30

Arrivée dans le parking de la maternité. Ca rappelle des souvenirs. Sauf que la dernière fois, on arrivait peinard, en matinée, après avoir bu le café, avec 1 demi quintal de sacs, euphoriques et sautillants, comme juste avant qu’on te donne les clés du mobile home quand t’arrives au camping. Me faut environ dix minutes pour parvenir à traverser ce putain de parking  (qui fait 6 mètres de long, cependant), tant les assauts qui sévissent dans mon bas ventre se font pénibles.

Nous finissons par arriver à l’étage de la maternité où nous sommes attendus par une nouvelle gentille sage-femme … qui n’est pas nouvelle du tout, puisqu’il s’agit de celle qui était présente pour l’extraction antérieure de mon Croquette, 3 ans plus tôt (coucou Salomé). On m’entrepose sur un fauteuil roulant (oui, on en est là) et on me fait rouler jusqu’à une salle d’examen, pour me vérifier les fondations.

Avec un grand sourire, Salomé nous informe qu’on a bien fait de venir, ‘’ vous êtes à 5 cm, vous avez déjà fait la moitié du travail ! ‘’ J’ai envie de meugler à Chamois ‘’ AH, TU VOIS !! ‘’, comme pour obtenir reconnaissance de mon calvaire, mais je sens que c’est finalement pas utile. On s’en va directement en salle de naissance où on me parle immédiatement ‘’pose de péridurale’’ et autre ‘’cathéter’’. Ces perspectives, qui avaient provoqué chez moi vive émotion la fois précédente, furent extrêmement mieux accueillies cette fois-ci. On notera donc que quand tu en CHIES TA RACE, te faire planter un javelot dans les lombaires devient un divertissement non négligeable. Souviens-toi le coup de bâton sur la gueule de Nathalie, au moment de lui déluxer l’épaule *. Tout pareil.

On me branche donc à tout le merdier protocolaire et je tente de prendre sur moi, en me répétant que y’en a plus pour très longtemps à ramasser. 

* Les Bronzés font du ski

01h00.

Il se trouve que je ramasse encore, de façon parfaitement intacte et égale au moment où je suis arrivée. Je m’agace. On augmente la dose d’anesthésique. On attend.

01h15.

Je beugle sur Chamois des ‘’ PUTAIN J’AI MAL, CA MARCHE PAS CETTE MERDE ‘’.

Salomé revient me voir. Je beugle sur Salomé un ‘’PUTAIN J’AI MAL, CA MARCHE PAS CETTE MERDE ‘’. Compatissante et dans un calme olympien, elle me fait un câlin sur le bras et augmente encore la dose.

A cet instant, si j’avais pu, je crois que je me serais roulée par terre en chialant, si seulement ça avait permis que tout s’arrête. Lola m’avait parlé du fameux ‘’cap de désespérance’’. En fait, c’est tout simplement le moment où tu crois que tu vas y rester. Je pense que je l’ai atteint vers 02h00, alors que la péridurale ne marchait toujours pas et que je commençais à vociférer des incantations haineuses serties de désespoir à base de ‘’je vais crever’’. 

02h12

Salomé est revenue avec une bombonne de gaz, un tuyau et un bec. M’a fallu aspirer dans le bec quand la contraction arrivait, pour tenter de la soulager. J’ai procédé. J’ai très vite sentie ma tête tourner, j’ai louché aussi. Mais l’effet sur la douleur m’a semblé toujours très relatif.

‘’ HE ! Y’A VRAIMENT UN TRUC DANS LA BOMBONNE OU … ? ‘’ J’ai grillé Chamois en train de sourire discrétos à Salomé. J’en ai conclu que j’avais parlé beaucoup trop fort et de manière pas articulée du tout,  comme après 3 Pina Colada bien tassées. Ce qui voulait surement dire que oui, y’avait bien un truc, dans la bombonne.

03h15

C’est fou comme le temps s’étire à mort et en même temps file à toute vitesse, quand on voit sa vie défiler. Les shoots de MEOPA ** font ce qu’ils peuvent, mais ne font malheureusement pas le poids contre ces putains de contractions. C’est un peu comme vouloir arrêter un train avec un drapeau ; l’intention est attendrissante, mais ça s’arrête là.

** Gaz analgésique

03h30

On est venus me changer la bâche sous les fesses. J’étais justement en train de me dire que je trempais dans une sorte de bain de siège à température idéale. La nature est bien faite. Calicéo, mais sans les bulles.

03h40

J’étais à 2 doigts de rendre les armes quand Salomé est venue m’annoncer qu’on changeait de produit dans la péridurale. Je crois que s’il m’était resté de la force pour lui répondre, j’aurais plutôt tenté de négocier une anesthésie générale.

03h45

Un côté de mon corps semble s’engourdir. Mais pas l’autre.

03h50

On est revenu me tourmenter à base de ‘’on va vous faire allonger sur le côté qui s’anesthésie pas’’. Autant te dire comme la manœuvre fut enthousiasmante. Certainement aussi délicieuse que de faire de la balançoire sur une hémorroïde. Ou de jouer au frisbee avec un coude luxé.

03h55

Picotements dans les orteils. Des deux pieds. Ca y est.

Gloire à toi, Salomé.

03h58

’Allez, on s’installe, on va pousser un peu’’. Nous y voilà. Mise en place dans la position la plus impudique que la terre ait portée. Jamais de la vie, en temps normal, personne n’accepterait de se montrer sous cet angle, dans ce contexte, ou dans un autre (enfin, je crois). Mais là, tu t’en fous. Tu sais que la personne en face de toi est justement là pour t’aider à en finir avec cette situation, donc tu as à cœur de lui faciliter la vie. On a commencé à pousser, donc. Je dis ‘’on’’, car Chamois aussi, il poussait. A côté de moi, une main derrière ma tête, il était là, ayant eu la très appréciée présence d’esprit de surtout fermer sa gueule, et il poussait, avec moi. 

04h15

Alors à priori c’est ‘’super bien ce que je fais’’, mais toutefois pas assez efficace. On a commencé à m’entretenir du fait que quand on approche la demi heure de poussée, on convie le/la gynéco pour le dessert. Je suis à peu près certaines que toute gonzesse qui se respecte, à ce moment-là, voit danser au plafond l’ombre des mots ‘’ spatules’’, ‘’forceps’’, ‘’ventouses’’ et autre ‘’césarienne’’ (putain non, pas encore !). Du coup, si y’a un moment dans ta vie où tu te dis qu’il faut tout donner (et tant pis pour la blouse en face, soyons clair), c’est maintenant.

04h20

‘’ - Elle arrive ! Vous voulez toucher sa tête ?

- Ca va pas ou quoi … ? ‘’

De toute évidence, il faut conclure.

04h22

Le chrono s’est arrêté.

Alors c’était toi qui me filais tous ces coups de latte. Et puis qui m’empêchait de boire du jus d’orange. Et qui avait le hoquet sans cesse. C’était toi qui me donnais envie de bouffer du bacon à quatre heures de l’après-midi. Et qui me faisait chialer pour rien. C’était toi qui me faisais gerber à la moindre odeur de café, puis qui m’en a fait boire des litres, alors que j’ai jamais aimé ça. Tout ça, c’était toi, alors que tu es si petite.

Tu as crié bien plus fort que ton frère, avec tes 700 grammes de moins. On est le 20 avril, il est 04h22 du mat’, on est en train de me tripoter le placenta et tu sais quoi ? Je m’en fous, parce que tu es là.

Tu es là, et tu es belle et toute tiède, petit animal crispé qui fouisse dans mon cou.

Tu es là, ma petite fille, et tu viens magnifiquement fermer la marche de notre jolie famille.

Tu es là, petite personne, et nous sommes les plus heureux du monde, pour la deuxième fois.

Bienvenue, ma Nourrissonne, Papa, Maman et Croquette vont prendre bien soin de toi.

 

Mercis très sincères à Lola et Salomé pour les conseils, pour l’aide, pour les réponses, l’écoute, pour la douceur, l’humour, la tisane et surtout …  surtout …  la patience …

 

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