La dernière fois que j’ai écrit, ça faisait bien 1000 ans que je l’avais pas fait. Ce coup-ci, ça fait encore plus 1000 ans, car devine quoi ; entre temps, j’ai conçu de nouveau. Toutafé. Et cette fois-ci, j’ai engendré de façon classique et appropriée. Oui, Madame. Comme quoi, c’était possible.

Alors qu’on soit d’accord ; on peut pas prétendre que c’est plus facile. Plus court, certes. Tu peux te rafraîchir la mémoire si le besoin s’en fait sentir : ci-gît le relaté de ma dernière ponte :

La fois où j'ai accouché. - verset I - - Les Chroniques Du Dérisoire

Bon voilà. Ca fait 9 mois passé. A peu près le temps qu'il m'a fallu pour digérer mon démoulage. La digestion la plus longue de l'Ouest. Je crois que je suis prête à te raconter. Alors je te le dis de suite : c'est long, donc ... ça sera en 2 parties.

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et :

LA FOIS OU J'AI ACCOUCHE - Verset II - - Les Chroniques Du Dérisoire

J'apprécie ton enthousiasme, demoiselle de bonne volonté et au sourire plein de dents. Mais, en toute honnêteté et sans aucune animosité, je commence à en avoir plein les rouffles. Et puis, j'ai froid. 21h. ' 'Allez, plus que 2 cm, on y est presque ! '' La dilatation la plus longue du cosmos.

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Tu te souviendras donc que j’avais mis 2 jours pour convaincre mon Croquette que la vie extra-utérine valait le coup et que pour l’occasion, il avait bien fallu 2 articles. 

Cette fois, j’ai pas mis 40 PUTAINS d’heures. Mais il faudra AUSSI 2 articles. 

Ouuuuuh, commence pas. Je fais ce que je veux. 

Allez, je sens que tu trépignes des orteils.

Je te raconte.

Tout a commencé en l’an de grâce du 19 avril dernier. Alors c’est drôle : accoucher parfois, tu le sens venir alors même qui s’est encore s’est rien passé. Un peu comme ceux qui ont mal aux genoux quand il va pleuvoir.

On était donc un jeudi soir. Mon Chamois était sur le départ pour répétition musicale avec l’orchestre.

Me souviens qu’une légère pointe micro-douloureuse au niveau du rein gauche m’a fait lui demander de garder le téléphone pas loin, ce soir-là. ‘’ Il se passera rien, mais en cas que …’’ .

Me souviens m’être sentie suffisamment bizarre pour envoyer 2-3 textos à 21h00 passé à ma gentille sage-femme, (coucou Lola) qui m’a gentiment répondu. Sur ses conseils, j’ai pris deux Spasfon et une douche. Et je suis allée me coucher.

22h20.

J’avais éteins depuis … allez … 2 minutes 12 secondes que … Floutch. ‘’ La vache, c’est la fuite urinaire la plus velue du Portugal ’’, me suis-je dis, plutôt étonnée, mais sereine. Et puis très vite, je me suis plutôt dis ‘’ HA MA’ FACKING GAD ‘’, plus sereine du tout. De toute évidence, on n’était pas sur de la fuite urinaire. Je me suis levée promptement, avant de finir d’inonder notre très précieux matelas king size, et j’ai commencé à tournoyer dans la chambre, à la recherche d’un truc pertinent à faire.

Alors il faut savoir que la pertinence, c’est pas forcément la chose qui te caractérise, quand on te prend par surprise comme ça. Du coup, je suis partie, en mode ‘’escargot après la pluie’’, jusque dans la salle de bain, et je suis allée m’asseoir dans la baignoire. Oh, ne ris pas. J’avais aucune notion de ce que représentait une perte-des-eaux-surprise, étant donné que la dernière fois, tout était programmé, m’allégeant ainsi de toute possibilité d’initiative. Mon imaginaire étant manifestement hyper fertile en condition de stress, je m’attendais à un torrent de flotte opaque, jaillissant de ma culotte avec un PTSSSSSCHHHHHHHH de tuyau d’arrosage non maitrisé, s’enfuyant par le siphon dans un tourbillon, comme le déluge dans la rigole d’une rue en pente (au minimum).

Première désillusion : je me suis contentée de ‘’fuir’’ mollement, un peu comme le liquide de frein sous ma bagnole : tranquillement et surtout, sans bruit. Un peu déçue, donc.

22h30.

Séant posé dans la baignoire donc, j’envoyais un texto de bon aloi à Chamois pour lui suggérer virilement de rentrer, quand soudain … ‘’ Ouh ! Hé, ça ressemblait à une vraie contraction, ça. Et ça pince, dis. M’enfin si c’est que ça, y’a pas non plus de quoi lacérer le papier peint,‘’ me suis-je dis, naïve et débutante.

22h45

C’est suspendue au radiateur que j’accueillis les contractions suivantes, en laissant échapper des petits ‘’ Waaashhhhh sa mère … ‘’ contenus et chuchotés, pour ne pas réveiller mon Croquette qui devait baver sur son coussin à cette heure, bien loin de mes problématiques utérines. C’est donc dans l’intervalle entre chaque salve que j’ai commencé à faire mon sac pour la maternité. Hé beh oui, à un mois du terme, je pensais avoir la vie devant moi, pour faire ça. Débutante. Againan'again. 

L’intervalle entre les contractions, c’est la zone Duty Free de l’aéroport. C’est le moment où tu peux faire tout ce que tu peux pas faire avant, ni après. Me reviennent les mots de ma gentille sage femme (toujours elle) à ce sujet. ‘’ Les vraies contractions, c’est celles qui vous obligeront à arrêter tout ce que vous êtes en train de faire’’. Ha beh c’est vrai. En fait, c’est même pas que tu peux plus rien faire. C’est que tu peux même plus PENSER. La seule chose qui te vient, c’est qu’il va pas falloir que ça empire trop parce que ça commence à devenir pas drôle du tout.

22h50

Arrivée en trombe de Chamois qui jette ses guitares dans l’entrée en riant nerveusement. Jamais le type était rentré si vite de répet’. Le coup de l’accouchement, on n’y pense pas assez. A garder derrière l’oreille. Pépé et Mémé sont dépêchés pour venir superviser Mon Croquette. En les attendant, je me dis qu’il serait peut-être opportun de commencer à calculer le fameux intervalle. Parce que je sais pas si c’est la douleur ou le stress ou mon cerveau qui perçoit mal, mais j’ai cahème la sensation qu’elles sont un peu rapprochées, les contractions. Genre on a plus trop le temps d’hésiter entre la barre de Toblerone et les pastilles à la violette, à la boutique du Duty Free. 

23h06

J’ai bien fait de me pencher sur la question. On est à 3 minutes d’intervalle, en fait. Petit coup de fil distingué à la maternité, qui nous suggère,  dans le calme, la bienveillance et le souci de ne pas nous terroriser, de venir IMMEDIATEMENT. Ca tombe bien, Mémé passe la porte. A en croire le côté droit de ses cheveux explosés en l’air, le bas de pyjama et les chaussons ; elle avait engagé sa nuit depuis environ deux heures. Pardon, Mémé. Pépé est là, lui aussi, et, comme son fils, il rit, sans trop savoir pourquoi, il est surement content et stressé en même temps. Croquette ainsi confié, Mémé et Chamois m’ont promptement brancardée dans la voiture, telle une souche de platane, figée et couinante, à moitié à poil, à moitié chaussée. Je me sens obligée d’expliquer à Mémé que j’ai pourri les draps, Chamois me susurre un ‘’ ON S’EN FOUT, BORDEL’’. Et nous voilà partis.

23h15

Accrochée au truc pour s’accrocher (oui, j’ai vraiment écrit ça) du plafond de la voiture, j’entre, de façon sonore, dans le moment où ça fait plus du tout rire. Chamois n’a plus vraiment envie de rire non plus ; il se fait tous les feux rouges comme dans les films et je sais qu’au fond de lui, en secret, il espère que la mise bas ne se fasse pas sur le siège passager de la 306.

 

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