La semaine dernière, je buvais le café avec ma copine blondasse fraichement débarquée dans le monde de la maternerie. Nous débattions au sujet de la toute relativité de l’épanouissement post-partum quand, toussoudain, on a violemment dérivé sur Le Cas du Père.De la frustration naquit l’aigritude et de là, émerge le besoin de chier sur la vie (ou sur tout être vivant faisant partie du paysage relationnel proche). Du coup, et plutôt naturellement, Le Père, est tout indiqué.

Nous nous sommes rapidement rendues à l’évidence que les essentiels Père/Mère, en terme de gestion de progénitude, ne se plaçaient généralement pas DU TOUT au même endroit.

Tu vas comprendre. Prenons le cas d’un départ en vacances, parample.

D’un côté, nous trouvons : une sorte de psychopathe qui établit compulsivement des listes, pour être certaine de palier à TOUT ce qui pourrait s’abattre sur le gosse, sur les 12 ans à venir, à savoir :

-       Canicule

-       Froid polaire

-       Blizzard

-       Attaque de criquets

-       De loups

-       Au gaz

-       Eboulement au 4ème degré

-       Chute de météorite

-       Plus sobrement, pour : si on va à la plage, si on part en montagne, si on fait de la varape ou du sous-marin.

C’est tout naturellement que nous prendrons LE MEUBLE à pharmacie pour s’il est malade, un quintal de couches pour pas devoir ‘’acheter sur place’’, de quoi lui préparer à bouffer sur 3 générations et puis l’incontournable triade : lit parapluie/poussette/chaise haute, histoire de tester correctement les amortisseurs de la bagnole. Ah, et puis une caisse de jouets, pour le trajet.

Et le goûter.

Et le doudou.

Et puis de quoi le changer, s’il a chaud pendant le voyage, le pauvre.

A côté de ça, t’as le Père. Le Père, il aura plutôt tendance à s’occuper de l’héritier (e) comme de lui-même, en fait.  Le Père ne fait pas de liste. Il va à l’Essentiel, le matin même du départ, en se malaxant les parties. Et l’Essentiel, pour le Père, c’est que le gosse soit :

-       Plus ou moins habillé

-       Plus ou moins nourri

-       Plus ou moins propre

-       Vivant.

Tandis que tu vas te molester pendant une demie-journée parce que tu as oublié de prendre le transat’ du nain pour la plage, le père ne sera même pas effleuré par l’ombre de l’idée que ça puisse être un problème. Un trou dans le sable : le moutard est calé. Kessiah ?

T’as oublié cette boite de lait épaissi à l’odeur aussi inconcevable que le prix. Tu es, de fait, en train de te traiter d’ignoble indigne bougresse mal famée, en PLS dans un coin de la cuisine.

Le Père, lui, au moment du constat de l’oubli, ira pépèrement dans le frigo chercher une compote et 2 boudoirs, pour remplacer. Terminé bonsoir. Puis, quand il aura 3 minutes, descendra à la première pharmacie du coin et ira chercher une boîte dudit lait de l’infamie, qu’il paiera la peau des rouleaux, en sifflotant. Et il s’en foutra cordialement : il est en vacances.

Ca marche pour à peu près tout. Ce que tu qualifieras d’abjecte négligence ne sera pour lui que pragmatisme et à l’inverse, ce qu’il estimera psychorigidité sera pour toi assurance de tranquillité et sentiment du devoir accompli.

Continuons.

Le gosse vient de se ramasser la muselle sur le bitume, devant la maison. Spontanément, tu vas courir vers le petit être dégoulinant de pleurs et de morve afin de le serrer assez fort pour étouffer ton propre mal-être de le voir en chagrin. Le drame qui se joue dans ton cœur à ce moment, où tu vois ce tout petit, chair de ta chair putain, complètement possédé par le désespoir, est totalement proportionnel à son état.

Et puis, le Père. Lui, il va ramasser le mouflet, lui épousseter les graviers plantés dans les coudes, le gratifier d’un câlin viril qui sent l’after shave et ponctuer d’un sobre : ‘’ Bah oui, Doudou. Tu t’es croûté. ‘’ Fin.

T’as aussi : La soirée chez des potes. Celle où on amène le gosse. Toi, Maman soucieuse du besoin de ton oisillon, pétrie de bienveillance, tu vas prendre 20 minutes pour matérialiser les lieux dans ta tête, avant même de partir, et tenter de visualiser tout ce qui serait susceptible de tuer le gosse.

Ca peut donner : - ‘’ Bon, on leur dira d’attacher leur con d’énorme chien dehors, c’est quoi déjà, un Terre-neuve ? C’est dangereux ça, c’est chiant. Puis on dira gentiment aux gens d’aller fumer ailleurs, aussi. Et de pas crier, une fois qu’ils seront saouls. Puis y’a ce balcon là, ça me fait chier ce balcon. Quelle idée d’avoir un balcon aussi. Au pire le chien, on le bute, discretos. C’est dangereux, un balcon. On leur dira de pas ouvrir la porte fenêtre. J’espère qu’on pourra monter le lit parapluie dans leur bureau et que y’aura pas trois-cents connards qui rentreront. Ca m’énerve cette histoire de balcon. Le premier qui le réveille, j’te jure que je le crève. Les gens respectent vraiment rien. Putain, je crois que j’ai pas envie d’y aller. ‘’

Tout ça en faisant une prière à Shiva pour qu’il n’y ait pas un bol de cacahuètes sur la table basse. Tu vois la sérénité, quoi.

Le Père, par contre, lui il est détendu de base sur le sujet.

En fait, il voit même pas le problème. En fait, le seul problème qu’il voit présentement, c’est toi. Et c’est pas qu’il s’en fout, du gamin, nenni. C'est juste que Lui, il prendra 2 couches, un Blédi Chef blanquette et bisou.

Et au bout du bout, tu seras bien obligée de te détendre, parce que :

- Force est de constater que le gosse est trop heureux de jouer avec le chien qui en fait, (pas comme dans ta tronche tordue) est bien plus petit que lui.

- Parce que tout le monde (ou presque) y fait attention.

- Parce qu’il est trop gros pour passer entre les barreaux du balcon.

- Et parce que y’a même pas de cacahuètes.

Au final, t’es bien obligée de concevoir que la désinvolture paternelle, aussi agaçante soit-elle tant elle ne rentre pas dans tes lubies protectionnistes, bah elle peut aussi tendre à te détendre.

Et ça, c’est pas dommage, ma grande.

 

Sur ce, j’te laisse.  J’entends Chamois dire à Croquette qu’il allait lui faire monter l’escalier ‘’comme un super-héros’’ et je dois aller vérifier qu’il l’a pas installé dans une fronde à triple propulsion carpée.

En cas. 

 

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