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Est ce que je  t’ai déjà causé de ma dyscalculie ? Non, hein. Faut que je te raconte. C’est assez exotique comme concept. Tu crois que c’est juste ‘’avoir du mal avec les chiffres’’, chui sure. Que nenni. Non seulement tu ne sais – effectivement - pas compter, mais ça s’applique à moult sujets et situations de la vie courante. Parce que ‘’pas savoir compter’’, tu me diras, une calculette dans le sac et en avant. Haha. Nein, nein, petite fleur. 

La dyscalculie, c’est une histoire de logique globale qui déconne. Enfin, c’est pas qu’elle déconne. C’est juste qu’elle est beaucoup trop personnelle pour pouvoir sévir en société. Comment t’expliquer. C’est bien au-delà de pas saisir les subtilités de Pythagore. C’est plutôt genre avoir du mal à comprendre pourquoi 1 + 1 ça fait pas 11. Tu visualises ? – Et arrête de lever ton sourcil comme ça, je suis très sérieuse –

Parample, ce signe là ‘’>’’. Je sais vaguement que si on met un chiffre de chaque côté, y’en a un qui sera plus grand que l’autre, mais je reste incapable de savoir dans quel sens faut tourner le ‘’>’’, et toutes façons, la seule chose que ça m’évoque, c’est que ça ressemble au trampoline qu’on avait en GRS. Comment ça, ‘’je fais pas d’effort ? ‘’…

On pourrait parler aussi de la géométrie. Cette vaste blague qui combine des traits, des chiffres ET des lettres qui se calculent. Calculer des lettres, ouais. Dans MA logique, c’est l’apologie du non sens. 

                                                                                                      trouverX

Ca me fait penser au pauvre prof de physique qui a un jour tenté de me faire intégrer une équation bilan. T’as un signe ‘’ = ‘’ au milieu de deux suites de chiffres et de lettres au carré et tu dois EQUILIBRER le merdier en faisant passer des chiffres et des lettres d’un côté ou de l’autre du ‘’=’’. Allo quoi. Mon immense doute sur le bien fondé de la manœuvre me poussant à préférer lire Stephen King en fond de classe, je me mangeais un invariable ‘’ ne fait aucun effort’’ sur le bulletin trimestriel. Oui, déjà. Oui, encore. J’y peux rien si on m’intéresse pas.

Bref. Egarement.

La dyscalculie, ça marche aussi lorsque tu veux faire un gâteau. Parce que, quand t’as une recette avec des centilitres et que sur ton verre doseur, c’est des millilitres, tu frôles la phlébite. Concevoir qu’une quantité d’un truc liquide puisse avoir un équivalent poids, avec des GRAMMES, là on touche du doigt le firmament de l’impossible. Et si, pour t’achever, la recette est pour 5 personnes et que tu es que 3 … alors là … trois pénibles solutions :

    - Appeler ton mec qui va t’insulter parce qu’il t’a déjà expliqué 428 fois la REGLE DE TROIS ; (une sombre histoire de division qui faut faire quand le nombre d’invités est pas le même sur la recette et dans la vraie vie, en gros. Mais faut pas forcément diviser par 3 du coup tu sais pas trop pourquoi ça s’appelle comme ça, et ça te fait juste penser à ça à :

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     - Changer de recette (mais ça fait chier parce qu’elle était bien) ;

    - Faire des calculs tout l’après midi à base de petits traits sur une feuille et de comptages sur les doigts. 

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Tu commences à comprendre l’étendue du problème, je le sens.

Mais le problème, il s’arrête pas là.

La dyscalculie, c’est aussi un sens de l’orientation épouvantable. Le rapport ? Une représentation de soi (et du reste) dans l’espace, complètement cosmique. Tu sors d’un parking sous terrain dans un quartier que tu connais très bien, MAIS, pas à la même sortie que d’habitude. Bah t’as l’impression que t’es pas dans la bonne ville. Il te vient même à l’idée, de façon très sérieuse, qu’on a changé les immeubles de place depuis la fois d’avant. Un GPS qui te lâche et c’est la débandade intersidérale.

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Il va sans dire que ‘’la droite et la gauche’’ reste un concept totalement abstrait, surtout dans la mesure où tu aurais ‘’décidé’’ d’être gauchère contrariée avec surcouche d’ambidextrie sélective. Au cas où on s’ennuierait.

En fait plus je te raconte, et plus je me rends compte à quel point c’est compliqué à expliquer sans passer pour une tarée. Ou une attardée. Voire les deux.

 

Je me suis, de fait, moi-même demandé si y’avait pas un souci d’ordre plus profond. Parce que oui, arrive un moment où la question se pose d’elle même ; ne serais-tu pas, tout simplement, JUSTE CON ?

Non, parce que c’est bien pratique d’aller voir ‘’Interstellar’’, de dormir 1h45 et de pas être plus paumée qu’au début pour la simple raison qu’on t’avait déjà perdue à 8 minutes de film. Mais amandonné, faut s’assurer que y’a pas gravillon dans le rouage.

Moyennant quelques heures passées dans un bureau, avec une dame à lunettes, avec des cubes, des dominos, et la ponte sans appel d’un WAIS-III* en virile bonne et due forme, soyons rassurés : je suis pas con.

’Pas câblée pareil’’, mais pas con. C’est déjà ça.

 

Ca résoudra pas mes multiples problèmes pâtissiers. Ni l’apoplexie que je me tape semestriellement pour les soldes, avec les ‘’%’’ partout, là. Et encore moins le mystère de l’espace-temps, genre ‘’ tu mets une montre par terre et une autre à 10 bornes en l’air, le temps, y passe pas pareil’’.

C’est ça, ouais.  

 

*Test de Wechsler – Echelle intelligence -