Bien le bonjour et la bienvenue, toi qui viens te délecter sournoisement, bien qu’avec tendresse, des maux actuels qui m’assaillent sans répit aucun. Oui, je parle de ceux de ma grossesse, parce que oui, je suis TOUJOURS enceinte, tellement que je commence le 7ème mois, tellement, que j’ai l’impression d’être enceinte depuis 8 ans.

C’est en cette Saint Valentin 2015 que je reprends la plume pour te conter les méandres de ma gravidité désormais envahissante ; la traditionnelle culbute de ce jour d’Amour semblant par chez moi compromise, si l’on en croit l’état semi létal dans lequel la grippe a laissé mon Bien Aimé Engrosseur, ainsi que les quelques difficultés à se mouvoir rencontrées par mon propre corps.

 

DONC, on en était où ?  

 

Le non-foie gras- à Noël, Le réveillon au Champomy – Le coucher à 1h pendant que les copains descendent la rue ivres morts en luge en chantant ‘’jette le jus, garde la viande’’, c’est fait.

 

Aujourd’hui, nous en sommes à :

 

- La flottaison dans la baignoire. Rien à faire, mon boul refuse depuis un petit moment de communier avec la faïence. Le bain est désormais synonyme de ‘’je me gèle les meules’’ - qui sont passées de ‘’considérables’’ à ‘’indécentes’’ -.

 

- L’aplatissement ombilical. Il y a eu la fameuse ‘’Ligne de grossesse’’ (tu sais, ce trait plus ou moins droit et plus ou moins foncé qui traverse la partie basse de ton ventre en vertical, apparu au tout début de la grossesse et qui ne cesse de hurler à la face du monde ‘’ FEMME RESERVEE/PLEINE/INCUBATEUR/EN GESTATION’’ ? Itself). Après La Ligne, donc, a eu lieu la désintégration progressive de mon nombril. D’un petit trou joli et parfaitement rond, je l’ai vu remonter petit à petit jusqu’à devenir PLAT. Ce jour, j’ai le nombril PLAT, te dis-je. Plat et marron, ce qui lui donne un visu relativement crade alors que que neni. Lorsqu’il m’arrive de m’en plaindre, on me répond invariablement que ‘’bientôt, il va SORTIR’’. Je guette donc avec angoisse ce moment où j’espère entendre un ‘’PLOP’’ annonciateur de ladite antéversion.

 

La Démarche de gros canard. Phénomène approximativement expliqué par le poids du ventre qui engendre une bascule compensatoire du bassin vers l’arrière, ce qui donne à ta cambrure naturelle –jadis un galbe agréable -, désormais un aspect de palmipède maladroit qui porterait des valises. De fait, tu as proscris les talons hauts qui donneraient fatalement à l’exercice du simple déplacement une dimension somme toute périlleuse.

 

- La fin des nuits sur le ventre. Ca fait partie des douceurs de la vie du temps jadis à oublier. Cette position complètement puérile mais ô combien confortable consistant à s’aplatir, un genou replié sur l’estomac et les bras croisés sous le coussin, c’est fini. Il te reste sur le côté, ou sur le dos et de mon expérience, crois bien que tu seras vite rappelée à l’ordre par des coups de pompes internes bien sentis si jamais par mégarde tu écrases le Fruit de ton Amour contre le matelas.

 

- La perte progressive de toute autonomie. Ha ça te faisait marrer les copines qui disent qu’amandonné, on peut plus mettre ses chaussettes toute seule. En fait, c’est absolument pas drôle. Tout comme d’avoir besoin de se faire hélitreuiller du canapé, du lit, de la baignoire et de ne plus pouvoir se mettre à genoux ou à quatre pattes sous peine de finir comme une tortue renversée. Vis ma vie sans abdos, bonjour.

 

- L’épilation à l’aveugle. Parce qu’autant tu vois encore tes pieds faute de pouvoir les toucher, autant tu peux toujours toucher ton entrejambe, mais par contre tu la vois plus. Ce qui promet des moments intéressants de contorsionnage et autres tentatives de ravalement abdominal pour s’épiler le maillot, parample. Epilation qui se pratique donc ‘’au toucher only’’ et qui donne lieu à quelques angoisses à Calicéo.

 

- Un sens de la mode discutable. Oubliés les talons, on a dit. Oubliés avec tout ce qui faisait que tu étais une Femme apprêtée et coquette (NON, ce ventre proéminent cadeau du ciel d’un coup de rein bien calibré ne remplace PAS une mini jupe en 36 rapport à la sainte féminité. NON.) On va à l’essentiel aujourd’hui : on va vers le jean à élastique dégueulasse MAIS, l’unique qui ne te tronçonne pas en deux. On va vers la robe pull, le legging salvateur, la godasse plate. Oubliés les jolis collants, les chemisiers pigeonnants, le taille ultra basse. Oublié ta vie. Le seul truc positif, c’est que si tu as la chance de pouvoir les porter de nouveau en post démoulage, quand tu vas retrouver tes fringues, ça sera comme une Fashion Week sous tes yeux.

 

Bref voilà, on en est là, en gros. Nonobstant, il reste un truc imparable pour si malgré tout, tu ramasses pas encore assez. Ce qui est -->mon casVisualiser le mec avec son micro à la fête foraine qui gueule ‘’ VOUS EN VOULEZ ENCOOOORE ?! Allez on lève les bras Simone, on crie bien fort et çççççççççççaaaa repaaaaaart !! ‘’ –

J’ai eu un moment de lassitude, donc. Ca devenait presque facile.

ALORS, j’ai donc opté pour un bon gros DIABETE GESTATIONNEL des familles. Ouais, mec. Les restrictions liées à la toxo sus-citées, et celles de la listériose, c’est pour les jouvencelles (tu sais, les sushis, le pâté, le sauciflard, la barbaque saignante, tout-ce-qui-est-bon-bordel). Si tu fais partie des élues sur qui tombe le fameux diabète de grossesse (soit environ 6% des femmes enceintes, petite chanceuse), tu devras aussi rayer de ta maigrelette liste de courses tout ce qui contient DU SUCRE. Tu apprendras en premier lieu que du sucre, y’en a pas que dans le Nesquick. Tu concluras en second temps, au bout de 3 semaines environ dudit régime, la résignation totale ayant empli ton âme, que du sucre, y’a en fait que dans les brocolis qu’il n’y en a pas.  

Tu découvriras par la même, l’immense joie de te buter les doigts 6 fois par jours avec un petit appareil pourvu d’une aiguille pour contrôler ta glycémie avant et après manger. Oui Madame, un régal je te dis. Le seul moment de ta carrière où tu seras contente d’être en hypo, parce que ça voudra dire que OUI, tu pourras manger 4 farfales et demi avec tes 12 tonnes de haricots verts à midi. Joie. Tu seras tout naturellement orientée vers une nutritionniste pour t’aider à réguler tout ça, toi qui n’a jamais prêté attention à aucune étiquette d’aucun paquet de quoi que ce soit. Là aussi sévira la règle des 3 semaines. Au premier rencard, tu seras aussi motivée et guillerette qu’une stagiaire de 12 ans au rayon ‘’chatons’’ de Jardiland, presque belle et si touchante par ton envie de bien faire.

 Ce qui partait si bien donnera, aux alentours des 3 semaines post début du régime donc, ce genre de conversation avec ta nutritionniste :

-       Bien, et est ce que du blanc de poulet vapeur le matin est envisageab…

-       Non.

-       Mmmh très bien. Parvenez-vous à boire les 2,5 litres d’eau par jour ?

-       C’est compliqué.

-       Mmmh, le manque de goût ?

-       …Voilà.  Vu que c’est de l’eau. 

-       Alors ce qu’on peut faire, vous faites cuire des poireaux, avec des carottes, et puis du céleri dans une cocotte et vous récupérez l’eau, que vous conservez dans des pots de fromage blanc par exemple, et vous buvez ça. Ca donne du goût, chaud ou froid, j’ai des patientes qui ador…

-       Ca va pas ou quoi … ?

-       Mmmh très bien. Je vois ici que vous avez pris une collation avec du fromage, c’est très bien. Mais pourquoi il n’y a pas les 20 grammes de pain complet avec ?

-       Parce que j’en avais plus.

-       Ah. Alors quand c’est comme ça, vous pouvez prendre une petite poignée de flocons d’avoine, sans rien et vous mâchez bien. C’est envisagea…

-       Non. ‘’ 

‘Fin tu vois l’idée, même si de base tu es un être charmant, la frustration chronique compilée à l’overdose de fromage blanc matin/midi/soir/goûters/solide/liquide/en perf’/par tous les trous te fera très, très vite devenir une sombre conne obtuse aux yeux de la dame.

Sur ce, je vais m’arrêter là. La prochaine fois, je pourrai te raconter les débuts de mes cours de préparation à la naissance dans lesquels j’ai placé de grandes espérances de rigolade. Je te parlerai aussi de mon appréhension quant à la fameuse péridurale ; ma tolérance à la frustration étant environ relative à celle de la douleur, ça nous promet de délicieux moments de partage. Ouais, j’ai la larme quand le coiffeur me tire les cheveux, donc bon, y’a moyen qu’on rigole. On se revoit, on s’en reparle. Bisou.

2015 BROWN - Enceinte2