Ce qui est bien quand tu vis dans un appart qui manque cruellement d’isolation phonique, c’est que tu peux apprendre à connaître tes voisins sans jamais les croiser. Du coup, cinq mois post-aménagement, je suis très intime avec les gens qui vivent dans mon immeuble, deux étages à la ronde. Déjà, j’ai une colloc’ de ‘’presque plus ados’’ pas loin. Souvent, le jeudi soir, ça sent la Ganja dans le couloir. Ça joue à Mario Kart. Ça rote très fort et après, ça ri (forcément). Ça fait des concours de mollards sur le balcon et ça s’arrête vers 00h30, quand ça part prendre le dernier métro. Je sais ce que c’est  : de mon temps, en colloc, on balançait de la Jelly au citron du 4ème étage pour ‘’faire des méduses’’.

De l’autre côté, j’avais détecté un petit couple qui m’était très sympathique, car complètement calme et inodore. A part en trois occasions :

-       Le coït de  célébration de fin de semaine (qui somme toute, reste très bref –Hahahahahahahaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahahaha-) ;

-       Le gros pipi de Monsieur soir et matin, direct dans l’eau, debout sur une chaise, sans toucher les bords pour un max de Niagara’s vibes ;

-       Lorsque Mademoiselle passe l’aspirateur le dimanche matin en chantant Pascal Obispo plus fort que l’aspirateur. Et ça, c’est sur-gore.

Mais y’a récemment eu pire. Ils ont eu un bébé !  Comme quoi, Lucky Lucke, aussi furtif soit-il, n’en reste pas moins efficace. Un bébé, donc. Au début j’ai espéré qu’ils en gardaient un pour des amis. Au bout de trois semaines, j’ai compris que Que Nenni, c’était le leur. Et, sous peu, il va falloir que je me déplace pour leur expliquer qu’il n’est pas nécessaire de le laisser hurler à la mort trois quarts d’heure durant (vers minuit, c’est mieux), avant de le nourir.

Sinon, j’ai aussi un type curieux qui est dans son appart H24 avec son chien. Il est pas trop dérangeant.

- Si ce n’est qu’il me regarde partir tous les matins par l’œil de bœuf.

- Si ce n’est qu’il parle beaucoup avec son chien, comme si c’était un pote. J’ai entendu récemment : ‘’Bon appétit, mec’’.

- Si ce n’est que quand il se fâche avec ledit chien, il le fout à la porte en mode ‘’ va dormir chez ta mère, salop’’. Et forcément, le chien a pas l’idée d’aller chez un pote, alors il reste sur le pallier (que nous avons commun), et il crie, jusqu’à ce qu’il soit réintégré.

Y’a aussi un mec qui est tout le temps en pyjama. C’est celui qui m’avait sauvée en me donnant une pile pour mon bip. Il m’avait aussi sauvée une autre fois avec deux oeufs, et une autre fois en me montrant comment marchait mon propre verrou de ma propre porte. Il est très sympa, sa copine ne m’aime pas, et chez lui, c’est tout le temps dimanche matin.

Enfin, y’a une famille nombreuse juste en dessous. Eux ils sont plutôt cools, et curieusement, je les entends pas. Mon souci c’est plus le fait d’avoir essayé de m’introduire chez eux à toute force, un soir, après un apéro, croyant que c’était ma porte. Alerté par le bruit frénétique de ma clé dans leur serrure, un monsieur avait ouvert et je me suis retrouvée face à une tablée d’environ dix personnes qui se sont arrêtées de manger pour voir qui était le forcené.

Après le truc, c’est que je me dis que y’a pas de raison qu’ils aient pas aussi un avis sur moi, du coup, les voisins. La grande famille doit me prendre pour une pochtronne non sevrée. Le type en pyjama, il doit sûrement se dire que je suis creuse comme une poule. Les collocs doivent s’imaginer que je suis coincée, les gens avec le bébé, une vieille fille aigrie. Et le type au chien … il doit juste se dire que je suis une grosse malade en tailleur, qui fait des coucous en souriant à son œil de bœuf, tous les matins.

Finalement, l’équilibre est respecté.