Les Chroniques Du Dérisoire

24 juin 2018

La fois où j'ai accouché de nouveau - tome 2 -

23h30

Arrivée dans le parking de la maternité. Ca rappelle des souvenirs. Sauf que la dernière fois, on arrivait peinard, en matinée, après avoir bu le café, avec 1 demi quintal de sacs, euphoriques et sautillants, comme juste avant qu’on te donne les clés du mobile home quand t’arrives au camping. Me faut environ dix minutes pour parvenir à traverser ce putain de parking  (qui fait 6 mètres de long, cependant), tant les assauts qui sévissent dans mon bas ventre se font pénibles.

Nous finissons par arriver à l’étage de la maternité où nous sommes attendus par une nouvelle gentille sage-femme … qui n’est pas nouvelle du tout, puisqu’il s’agit de celle qui était présente pour l’extraction antérieure de mon Croquette, 3 ans plus tôt (coucou Salomé). On m’entrepose sur un fauteuil roulant (oui, on en est là) et on me fait rouler jusqu’à une salle d’examen, pour me vérifier les fondations.

Avec un grand sourire, Salomé nous informe qu’on a bien fait de venir, ‘’ vous êtes à 5 cm, vous avez déjà fait la moitié du travail ! ‘’ J’ai envie de meugler à Chamois ‘’ AH, TU VOIS !! ‘’, comme pour obtenir reconnaissance de mon calvaire, mais je sens que c’est finalement pas utile. On s’en va directement en salle de naissance où on me parle immédiatement ‘’pose de péridurale’’ et autre ‘’cathéter’’. Ces perspectives, qui avaient provoqué chez moi vive émotion la fois précédente, furent extrêmement mieux accueillies cette fois-ci. On notera donc que quand tu en CHIES TA RACE, te faire planter un javelot dans les lombaires devient un divertissement non négligeable. Souviens-toi le coup de bâton sur la gueule de Nathalie, au moment de lui déluxer l’épaule *. Tout pareil.

On me branche donc à tout le merdier protocolaire et je tente de prendre sur moi, en me répétant que y’en a plus pour très longtemps à ramasser. 

* Les Bronzés font du ski

01h00.

Il se trouve que je ramasse encore, de façon parfaitement intacte et égale au moment où je suis arrivée. Je m’agace. On augmente la dose d’anesthésique. On attend.

01h15.

Je beugle sur Chamois des ‘’ PUTAIN J’AI MAL, CA MARCHE PAS CETTE MERDE ‘’.

Salomé revient me voir. Je beugle sur Salomé un ‘’PUTAIN J’AI MAL, CA MARCHE PAS CETTE MERDE ‘’. Compatissante et dans un calme olympien, elle me fait un câlin sur le bras et augmente encore la dose.

A cet instant, si j’avais pu, je crois que je me serais roulée par terre en chialant, si seulement ça avait permis que tout s’arrête. Lola m’avait parlé du fameux ‘’cap de désespérance’’. En fait, c’est tout simplement le moment où tu crois que tu vas y rester. Je pense que je l’ai atteint vers 02h00, alors que la péridurale ne marchait toujours pas et que je commençais à vociférer des incantations haineuses serties de désespoir à base de ‘’je vais crever’’. 

02h12

Salomé est revenue avec une bombonne de gaz, un tuyau et un bec. M’a fallu aspirer dans le bec quand la contraction arrivait, pour tenter de la soulager. J’ai procédé. J’ai très vite sentie ma tête tourner, j’ai louché aussi. Mais l’effet sur la douleur m’a semblé toujours très relatif.

‘’ HE ! Y’A VRAIMENT UN TRUC DANS LA BOMBONNE OU … ? ‘’ J’ai grillé Chamois en train de sourire discrétos à Salomé. J’en ai conclu que j’avais parlé beaucoup trop fort et de manière pas articulée du tout,  comme après 3 Pina Colada bien tassées. Ce qui voulait surement dire que oui, y’avait bien un truc, dans la bombonne.

03h15

C’est fou comme le temps s’étire à mort et en même temps file à toute vitesse, quand on voit sa vie défiler. Les shoots de MEOPA ** font ce qu’ils peuvent, mais ne font malheureusement pas le poids contre ces putains de contractions. C’est un peu comme vouloir arrêter un train avec un drapeau ; l’intention est attendrissante, mais ça s’arrête là.

** Gaz analgésique

03h30

On est venus me changer la bâche sous les fesses. J’étais justement en train de me dire que je trempais dans une sorte de bain de siège à température idéale. La nature est bien faite. Calicéo, mais sans les bulles.

03h40

J’étais à 2 doigts de rendre les armes quand Salomé est venue m’annoncer qu’on changeait de produit dans la péridurale. Je crois que s’il m’était resté de la force pour lui répondre, j’aurais plutôt tenté de négocier une anesthésie générale.

03h45

Un côté de mon corps semble s’engourdir. Mais pas l’autre.

03h50

On est revenu me tourmenter à base de ‘’on va vous faire allonger sur le côté qui s’anesthésie pas’’. Autant te dire comme la manœuvre fut enthousiasmante. Certainement aussi délicieuse que de faire de la balançoire sur une hémorroïde. Ou de jouer au frisbee avec un coude luxé.

03h55

Picotements dans les orteils. Des deux pieds. Ca y est.

Gloire à toi, Salomé.

03h58

’Allez, on s’installe, on va pousser un peu’’. Nous y voilà. Mise en place dans la position la plus impudique que la terre ait portée. Jamais de la vie, en temps normal, personne n’accepterait de se montrer sous cet angle, dans ce contexte, ou dans un autre (enfin, je crois). Mais là, tu t’en fous. Tu sais que la personne en face de toi est justement là pour t’aider à en finir avec cette situation, donc tu as à cœur de lui faciliter la vie. On a commencé à pousser, donc. Je dis ‘’on’’, car Chamois aussi, il poussait. A côté de moi, une main derrière ma tête, il était là, ayant eu la très appréciée présence d’esprit de surtout fermer sa gueule, et il poussait, avec moi. 

04h15

Alors à priori c’est ‘’super bien ce que je fais’’, mais toutefois pas assez efficace. On a commencé à m’entretenir du fait que quand on approche la demi heure de poussée, on convie le/la gynéco pour le dessert. Je suis à peu près certaines que toute gonzesse qui se respecte, à ce moment-là, voit danser au plafond l’ombre des mots ‘’ spatules’’, ‘’forceps’’, ‘’ventouses’’ et autre ‘’césarienne’’ (putain non, pas encore !). Du coup, si y’a un moment dans ta vie où tu te dis qu’il faut tout donner (et tant pis pour la blouse en face, soyons clair), c’est maintenant.

04h20

‘’ - Elle arrive ! Vous voulez toucher sa tête ?

- Ca va pas ou quoi … ? ‘’

De toute évidence, il faut conclure.

04h22

Le chrono s’est arrêté.

Alors c’était toi qui me filais tous ces coups de latte. Et puis qui m’empêchait de boire du jus d’orange. Et qui avait le hoquet sans cesse. C’était toi qui me donnais envie de bouffer du bacon à quatre heures de l’après-midi. Et qui me faisait chialer pour rien. C’était toi qui me faisais gerber à la moindre odeur de café, puis qui m’en a fait boire des litres, alors que j’ai jamais aimé ça. Tout ça, c’était toi, alors que tu es si petite.

Tu as crié bien plus fort que ton frère, avec tes 700 grammes de moins. On est le 20 avril, il est 04h22 du mat’, on est en train de me tripoter le placenta et tu sais quoi ? Je m’en fous, parce que tu es là.

Tu es là, et tu es belle et toute tiède, petit animal crispé qui fouisse dans mon cou.

Tu es là, ma petite fille, et tu viens magnifiquement fermer la marche de notre jolie famille.

Tu es là, petite personne, et nous sommes les plus heureux du monde, pour la deuxième fois.

Bienvenue, ma Nourrissonne, Papa, Maman et Croquette vont prendre bien soin de toi.

 

Mercis très sincères à Lola et Salomé pour les conseils, pour l’aide, pour les réponses, l’écoute, pour la douceur, l’humour, la tisane et surtout …  surtout …  la patience …

 

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13 juin 2018

La fois où j'ai accouché de nouveau - Tome 1 -

La dernière fois que j’ai écrit, ça faisait bien 1000 ans que je l’avais pas fait. Ce coup-ci, ça fait encore plus 1000 ans, car devine quoi ; entre temps, j’ai conçu de nouveau. Toutafé. Et cette fois-ci, j’ai engendré de façon classique et appropriée. Oui, Madame. Comme quoi, c’était possible.

Alors qu’on soit d’accord ; on peut pas prétendre que c’est plus facile. Plus court, certes. Tu peux te rafraîchir la mémoire si le besoin s’en fait sentir : ci-gît le relaté de ma dernière ponte :

La fois où j'ai accouché. - verset I - - Les Chroniques Du Dérisoire

Bon voilà. Ca fait 9 mois passé. A peu près le temps qu'il m'a fallu pour digérer mon démoulage. La digestion la plus longue de l'Ouest. Je crois que je suis prête à te raconter. Alors je te le dis de suite : c'est long, donc ... ça sera en 2 parties.

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et :

LA FOIS OU J'AI ACCOUCHE - Verset II - - Les Chroniques Du Dérisoire

J'apprécie ton enthousiasme, demoiselle de bonne volonté et au sourire plein de dents. Mais, en toute honnêteté et sans aucune animosité, je commence à en avoir plein les rouffles. Et puis, j'ai froid. 21h. ' 'Allez, plus que 2 cm, on y est presque ! '' La dilatation la plus longue du cosmos.

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Tu te souviendras donc que j’avais mis 2 jours pour convaincre mon Croquette que la vie extra-utérine valait le coup et que pour l’occasion, il avait bien fallu 2 articles. 

Cette fois, j’ai pas mis 40 PUTAINS d’heures. Mais il faudra AUSSI 2 articles. 

Ouuuuuh, commence pas. Je fais ce que je veux. 

Allez, je sens que tu trépignes des orteils.

Je te raconte.

Tout a commencé en l’an de grâce du 19 avril dernier. Alors c’est drôle : accoucher parfois, tu le sens venir alors même qui s’est encore s’est rien passé. Un peu comme ceux qui ont mal aux genoux quand il va pleuvoir.

On était donc un jeudi soir. Mon Chamois était sur le départ pour répétition musicale avec l’orchestre.

Me souviens qu’une légère pointe micro-douloureuse au niveau du rein gauche m’a fait lui demander de garder le téléphone pas loin, ce soir-là. ‘’ Il se passera rien, mais en cas que …’’ .

Me souviens m’être sentie suffisamment bizarre pour envoyer 2-3 textos à 21h00 passé à ma gentille sage-femme, (coucou Lola) qui m’a gentiment répondu. Sur ses conseils, j’ai pris deux Spasfon et une douche. Et je suis allée me coucher.

22h20.

J’avais éteins depuis … allez … 2 minutes 12 secondes que … Floutch. ‘’ La vache, c’est la fuite urinaire la plus velue du Portugal ’’, me suis-je dis, plutôt étonnée, mais sereine. Et puis très vite, je me suis plutôt dis ‘’ HA MA’ FACKING GAD ‘’, plus sereine du tout. De toute évidence, on n’était pas sur de la fuite urinaire. Je me suis levée promptement, avant de finir d’inonder notre très précieux matelas king size, et j’ai commencé à tournoyer dans la chambre, à la recherche d’un truc pertinent à faire.

Alors il faut savoir que la pertinence, c’est pas forcément la chose qui te caractérise, quand on te prend par surprise comme ça. Du coup, je suis partie, en mode ‘’escargot après la pluie’’, jusque dans la salle de bain, et je suis allée m’asseoir dans la baignoire. Oh, ne ris pas. J’avais aucune notion de ce que représentait une perte-des-eaux-surprise, étant donné que la dernière fois, tout était programmé, m’allégeant ainsi de toute possibilité d’initiative. Mon imaginaire étant manifestement hyper fertile en condition de stress, je m’attendais à un torrent de flotte opaque, jaillissant de ma culotte avec un PTSSSSSCHHHHHHHH de tuyau d’arrosage non maitrisé, s’enfuyant par le siphon dans un tourbillon, comme le déluge dans la rigole d’une rue en pente (au minimum).

Première désillusion : je me suis contentée de ‘’fuir’’ mollement, un peu comme le liquide de frein sous ma bagnole : tranquillement et surtout, sans bruit. Un peu déçue, donc.

22h30.

Séant posé dans la baignoire donc, j’envoyais un texto de bon aloi à Chamois pour lui suggérer virilement de rentrer, quand soudain … ‘’ Ouh ! Hé, ça ressemblait à une vraie contraction, ça. Et ça pince, dis. M’enfin si c’est que ça, y’a pas non plus de quoi lacérer le papier peint,‘’ me suis-je dis, naïve et débutante.

22h45

C’est suspendue au radiateur que j’accueillis les contractions suivantes, en laissant échapper des petits ‘’ Waaashhhhh sa mère … ‘’ contenus et chuchotés, pour ne pas réveiller mon Croquette qui devait baver sur son coussin à cette heure, bien loin de mes problématiques utérines. C’est donc dans l’intervalle entre chaque salve que j’ai commencé à faire mon sac pour la maternité. Hé beh oui, à un mois du terme, je pensais avoir la vie devant moi, pour faire ça. Débutante. Againan'again. 

L’intervalle entre les contractions, c’est la zone Duty Free de l’aéroport. C’est le moment où tu peux faire tout ce que tu peux pas faire avant, ni après. Me reviennent les mots de ma gentille sage femme (toujours elle) à ce sujet. ‘’ Les vraies contractions, c’est celles qui vous obligeront à arrêter tout ce que vous êtes en train de faire’’. Ha beh c’est vrai. En fait, c’est même pas que tu peux plus rien faire. C’est que tu peux même plus PENSER. La seule chose qui te vient, c’est qu’il va pas falloir que ça empire trop parce que ça commence à devenir pas drôle du tout.

22h50

Arrivée en trombe de Chamois qui jette ses guitares dans l’entrée en riant nerveusement. Jamais le type était rentré si vite de répet’. Le coup de l’accouchement, on n’y pense pas assez. A garder derrière l’oreille. Pépé et Mémé sont dépêchés pour venir superviser Mon Croquette. En les attendant, je me dis qu’il serait peut-être opportun de commencer à calculer le fameux intervalle. Parce que je sais pas si c’est la douleur ou le stress ou mon cerveau qui perçoit mal, mais j’ai cahème la sensation qu’elles sont un peu rapprochées, les contractions. Genre on a plus trop le temps d’hésiter entre la barre de Toblerone et les pastilles à la violette, à la boutique du Duty Free. 

23h06

J’ai bien fait de me pencher sur la question. On est à 3 minutes d’intervalle, en fait. Petit coup de fil distingué à la maternité, qui nous suggère,  dans le calme, la bienveillance et le souci de ne pas nous terroriser, de venir IMMEDIATEMENT. Ca tombe bien, Mémé passe la porte. A en croire le côté droit de ses cheveux explosés en l’air, le bas de pyjama et les chaussons ; elle avait engagé sa nuit depuis environ deux heures. Pardon, Mémé. Pépé est là, lui aussi, et, comme son fils, il rit, sans trop savoir pourquoi, il est surement content et stressé en même temps. Croquette ainsi confié, Mémé et Chamois m’ont promptement brancardée dans la voiture, telle une souche de platane, figée et couinante, à moitié à poil, à moitié chaussée. Je me sens obligée d’expliquer à Mémé que j’ai pourri les draps, Chamois me susurre un ‘’ ON S’EN FOUT, BORDEL’’. Et nous voilà partis.

23h15

Accrochée au truc pour s’accrocher (oui, j’ai vraiment écrit ça) du plafond de la voiture, j’entre, de façon sonore, dans le moment où ça fait plus du tout rire. Chamois n’a plus vraiment envie de rire non plus ; il se fait tous les feux rouges comme dans les films et je sais qu’au fond de lui, en secret, il espère que la mise bas ne se fasse pas sur le siège passager de la 306.

 

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16 juillet 2017

Le cas du Père

La semaine dernière, je buvais le café avec ma copine blondasse fraichement débarquée dans le monde de la maternerie. Nous débattions au sujet de la toute relativité de l’épanouissement post-partum quand, toussoudain, on a violemment dérivé sur Le Cas du Père.De la frustration naquit l’aigritude et de là, émerge le besoin de chier sur la vie (ou sur tout être vivant faisant partie du paysage relationnel proche). Du coup, et plutôt naturellement, Le Père, est tout indiqué.

Nous nous sommes rapidement rendues à l’évidence que les essentiels Père/Mère, en terme de gestion de progénitude, ne se plaçaient généralement pas DU TOUT au même endroit.

Tu vas comprendre. Prenons le cas d’un départ en vacances, parample.

D’un côté, nous trouvons : une sorte de psychopathe qui établit compulsivement des listes, pour être certaine de palier à TOUT ce qui pourrait s’abattre sur le gosse, sur les 12 ans à venir, à savoir :

-       Canicule

-       Froid polaire

-       Blizzard

-       Attaque de criquets

-       De loups

-       Au gaz

-       Eboulement au 4ème degré

-       Chute de météorite

-       Plus sobrement, pour : si on va à la plage, si on part en montagne, si on fait de la varape ou du sous-marin.

C’est tout naturellement que nous prendrons LE MEUBLE à pharmacie pour s’il est malade, un quintal de couches pour pas devoir ‘’acheter sur place’’, de quoi lui préparer à bouffer sur 3 générations et puis l’incontournable triade : lit parapluie/poussette/chaise haute, histoire de tester correctement les amortisseurs de la bagnole. Ah, et puis une caisse de jouets, pour le trajet.

Et le goûter.

Et le doudou.

Et puis de quoi le changer, s’il a chaud pendant le voyage, le pauvre.

A côté de ça, t’as le Père. Le Père, il aura plutôt tendance à s’occuper de l’héritier (e) comme de lui-même, en fait.  Le Père ne fait pas de liste. Il va à l’Essentiel, le matin même du départ, en se malaxant les parties. Et l’Essentiel, pour le Père, c’est que le gosse soit :

-       Plus ou moins habillé

-       Plus ou moins nourri

-       Plus ou moins propre

-       Vivant.

Tandis que tu vas te molester pendant une demie-journée parce que tu as oublié de prendre le transat’ du nain pour la plage, le père ne sera même pas effleuré par l’ombre de l’idée que ça puisse être un problème. Un trou dans le sable : le moutard est calé. Kessiah ?

T’as oublié cette boite de lait épaissi à l’odeur aussi inconcevable que le prix. Tu es, de fait, en train de te traiter d’ignoble indigne bougresse mal famée, en PLS dans un coin de la cuisine.

Le Père, lui, au moment du constat de l’oubli, ira pépèrement dans le frigo chercher une compote et 2 boudoirs, pour remplacer. Terminé bonsoir. Puis, quand il aura 3 minutes, descendra à la première pharmacie du coin et ira chercher une boîte dudit lait de l’infamie, qu’il paiera la peau des rouleaux, en sifflotant. Et il s’en foutra cordialement : il est en vacances.

Ca marche pour à peu près tout. Ce que tu qualifieras d’abjecte négligence ne sera pour lui que pragmatisme et à l’inverse, ce qu’il estimera psychorigidité sera pour toi assurance de tranquillité et sentiment du devoir accompli.

Continuons.

Le gosse vient de se ramasser la muselle sur le bitume, devant la maison. Spontanément, tu vas courir vers le petit être dégoulinant de pleurs et de morve afin de le serrer assez fort pour étouffer ton propre mal-être de le voir en chagrin. Le drame qui se joue dans ton cœur à ce moment, où tu vois ce tout petit, chair de ta chair putain, complètement possédé par le désespoir, est totalement proportionnel à son état.

Et puis, le Père. Lui, il va ramasser le mouflet, lui épousseter les graviers plantés dans les coudes, le gratifier d’un câlin viril qui sent l’after shave et ponctuer d’un sobre : ‘’ Bah oui, Doudou. Tu t’es croûté. ‘’ Fin.

T’as aussi : La soirée chez des potes. Celle où on amène le gosse. Toi, Maman soucieuse du besoin de ton oisillon, pétrie de bienveillance, tu vas prendre 20 minutes pour matérialiser les lieux dans ta tête, avant même de partir, et tenter de visualiser tout ce qui serait susceptible de tuer le gosse.

Ca peut donner : - ‘’ Bon, on leur dira d’attacher leur con d’énorme chien dehors, c’est quoi déjà, un Terre-neuve ? C’est dangereux ça, c’est chiant. Puis on dira gentiment aux gens d’aller fumer ailleurs, aussi. Et de pas crier, une fois qu’ils seront saouls. Puis y’a ce balcon là, ça me fait chier ce balcon. Quelle idée d’avoir un balcon aussi. Au pire le chien, on le bute, discretos. C’est dangereux, un balcon. On leur dira de pas ouvrir la porte fenêtre. J’espère qu’on pourra monter le lit parapluie dans leur bureau et que y’aura pas trois-cents connards qui rentreront. Ca m’énerve cette histoire de balcon. Le premier qui le réveille, j’te jure que je le crève. Les gens respectent vraiment rien. Putain, je crois que j’ai pas envie d’y aller. ‘’

Tout ça en faisant une prière à Shiva pour qu’il n’y ait pas un bol de cacahuètes sur la table basse. Tu vois la sérénité, quoi.

Le Père, par contre, lui il est détendu de base sur le sujet.

En fait, il voit même pas le problème. En fait, le seul problème qu’il voit présentement, c’est toi. Et c’est pas qu’il s’en fout, du gamin, nenni. C'est juste que Lui, il prendra 2 couches, un Blédi Chef blanquette et bisou.

Et au bout du bout, tu seras bien obligée de te détendre, parce que :

- Force est de constater que le gosse est trop heureux de jouer avec le chien qui en fait, (pas comme dans ta tronche tordue) est bien plus petit que lui.

- Parce que tout le monde (ou presque) y fait attention.

- Parce qu’il est trop gros pour passer entre les barreaux du balcon.

- Et parce que y’a même pas de cacahuètes.

Au final, t’es bien obligée de concevoir que la désinvolture paternelle, aussi agaçante soit-elle tant elle ne rentre pas dans tes lubies protectionnistes, bah elle peut aussi tendre à te détendre.

Et ça, c’est pas dommage, ma grande.

 

Sur ce, j’te laisse.  J’entends Chamois dire à Croquette qu’il allait lui faire monter l’escalier ‘’comme un super-héros’’ et je dois aller vérifier qu’il l’a pas installé dans une fronde à triple propulsion carpée.

En cas. 

 

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06 septembre 2016

Ses moeurs & tes principes

 

C'est pas tout, mais une chose en entraînant une autre, ce gosse a passé l’An. 

Tu vois, là je fais genre ''sans transition'', comme si la dernière fois que j'avais écrit c'était y'a 10 minutes alors que je sais très bien que j'ai rien branlé depuis février.

Ca va, je M'EXCUSE. 

Donc. Il a eu un an. Il a même présentement seize mois. Alors oui ; jusqu’à ce que ça devienne clairement une défaillance oedipienne, on compte en MOIS. Ca doit avoir une vertu apaisante selon laquelle ton enfant serait encore un bébé alors que PAS DU TOUT, puisque dans la vraie vie, seize mois, ça fait presque un an et demi.

Bref ; ça fait un choc ; le nourrisson n'est plus. Terminée, cette petite chose avide et dépendante de toi, qui se vautrait avec ferveur dans ton cou tel un dessous d’escargot tiède.

Feu-le-nouveau-né a développé une personnalité propre, avec des intérêts, des trucs qui le fascinent, d'autres trucs qui le saoulent, ou qui le font flipper, ou rire. Il est bien loin, le poupon semi-strabique qui dormait 19/24.

Par contre, voilà, ''ces choses'' qui le font réagir, sont généralement assourdissantes d'étrangeté, pour un adulte primipare. 

Parample. En terme d'intérêt cosmique, on peut noter cette passion brûlante pour le cycle C de la machine à laver et son programme d'une heure et demie. Hurlements frénétiques, incantations et offrandes de boudoirs dans le trou du hublot, crise d'hystérie lors de l'enclenchement de l'essorage. Un très grand mystère.

Y'a aussi cette vénération pour les boites Tupperwares, qu'il va chercher, fébrile, dans le placard, pour te les balancer avec enthousiasme dans le péroné à chaque fois que tu fais à bouffer. Un semi-remorque de JOUETS plein la casbah, mais NON, '' MA VIE CONTRE UN TUPPER ''. Etant des puceaux de l’enfant en bas âge, nous nous émerveillons chaque jour de cette insatiable curiosité.

Croquette, comme tout autre merdaillou de moins de 18 mois, donc, s'intéresse aussi vachement à ... à peu près TOUT CE QUE TU FAIS.

S't'a dire que rapport à l'intimité, si t'es pudique, c'est mal engagé. De fait, il te mate allègrement sous la douche, sans AUCUNE retenue.  Le mec est au cinéma. Genre s'il avait des molaires pour le pop-corn, il se priverait pas. Toi t'es là, en plein deuxième couplet de ''Je te donne'', tressautant de la fesse dans ta baignoire, de la mousse plein le *SIF*, quand toutacou, tu visualises, en bas à gauche, ledit lutin tenant le rideau grand ouvert d'une main, en train de te reluquer le zboub avec une circonspection presque vexante. Et tout ça est NORMAL, parait-il. 'Fin tu m'excuseras, mais je persiste à penser que si on se comportait comme eux, on aurait des problèmes. *Sillon Inter Fessier*

Ensuite, le passage sur le ''met tout à la bouche'' est somme toute assez convenu, mais me semble important. Tu prends, avec le petit d’homme, la toute-immense-mesure de l'expression TOUT-A-LA-BOUCHE. Dans une journée, le type aura sucé de la terre, des cailloux, ses godasses, tes godasses, la bouffe du chat, le coussin du chat, le chat, le jean de ta voisine, ton sachet de thé usé, son chapeau, tes clés et à peu près tout objet ou être vivant nouveau entrant dans le champ des possibles. Il paraîtrait une nouvelle fois que c'est NORMAL. On reste des animaux, après tout.  

 Mais assez parlé de lui. Parce que celui qui agit aussi de manière surprenante, indécente, voire amorale, c’est toi, Parent naissant.   

De fait, bouffer un truc qui a visité la bouche de ton Petit Ouvrage avant la tienne te paraît tout à fait admissible. Et combien de fois tu t’étais dis, en voyant des parents faire ça, : ‘’ Putain, c’est dégueulasse’’… ?

Plein.

Ne mens pas.           

 De la même façon, tu le soulèves au dessus de ton pif et lui renifles le derche pour savoir s’il est temps de procéder. Hé ouais. Ca va bien plus vite que d’essayer de le neutraliser dans toute la baraque pour le déshabiller, constater que y’a rien, le rhabiller et prendre trois coups de talons dans le foie. Toi même tu sais. 

Quand tu passes l’An de pratique de ton Chef-d’œuvre, c’est aussi le moment où tu te réorganises les Principes. Rappelles toi de cette petite liste écrite dans ta tête pendant 9 mois sur du papier d’or, en jolies lettres arrondies, à base de ‘’ MOI, pour MON ENFANT, ça sera comme ci, et comme ça’’. Ris, maintenant. Ris très fort.

Tu te rappelles la fois où t’as dit à une copine un truc genre :

- ‘’ Non parce que y’a pas de doute, c’est comme pour nous quoi, quand c’est fait Maison, ça se sent et c’est meilleur, et puis bah t’as la fierté d’avoir fait un truc pour ton petit en plus, quoi’’. 

Alors sur le principe, ouais hein. Bien sur. Mais t’as toujours ce moment où tu t’es oublié sur le timing et que tu vas pas pouvoir le gérer pendant 15 minutes du temps que Babycook fasse son office. Alors OUAIS, tu vas ouvrir un POT-TOUT-PRET-ET-MEME-PAS-BIO. Ca va, toi aussi des fois tu t’envoies un gros McDo bien sale, personne n’a dit que ça serait Menu Gourmet tous les jours, faut se calmer. Si tu l’habitues à la table du Capitaine tous les midis, Après il saura pas gérer la confrontation avec le Dégueulasse et on va en faire un petit prince sociopathe, c’est pas non plus le but. (Tu perçois la notion de ‘’s’arranger la conscience’’ ?...).

Y’a aussi ce moment où t’as dit (ouais, t’en as dit un paquet, des conneries, avant de Savoir) :

- ‘’ Ah non mais moi, la télé pendant qu’on mange, c’est totalement proscris, quoi. Je veux que mon enfant visualises que le moment du repas est un espace d’échange et de partage avec autrui et qu’il découvre de nouvelles saveurs de façon ludique et adaptée’’.

Dans la vraie vie, toujours, ta descendance en a rien à foutre de ton brocoli. Même si tu fais la fusée avec. Et le seul truc que t’as trouvé pour l’empêcher de se faxer sous la tablette de sa chaise haute, c’est de le faire bader cette catin hurlante de Reine Des Neiges. T’en veux du ludique ?

Je sais que tu te reconnais, fais pas genre ‘’ chui pas concernée ’’.

T’as peut-être même fait pire. Alors remercie-moi.

Tu n’es pas seule. 

photo reine des neiges

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14 février 2016

LA FOIS OU J’AI ACCOUCHE - Verset II -

20h. ‘’ Vous êtes à 5 ! La moitié, c’est super ! ‘’

J’apprécie ton enthousiasme, demoiselle de bonne volonté et au sourire plein de dents. Mais, en toute honnêteté et sans aucune animosité, je commence à en avoir plein les rouffles. Et puis, j’ai froid.

21h. ‘’Allez, plus que 2 cm, on y est presque ! ‘’ La dilatation la plus longue du cosmos. Je jette un œil à Chamois. Il a la tête du mec qui y croit plus. Un mérou désabusé. Y commence à maugréer des ‘’Putain, y va pas naître un 2 mai cahème, c’est pourri le 2 mai. Faut le sortir quoi, y’a pas moyen qui naisse un 2 mai.’’ De toute évidence, le sens des priorités commence à en prendre un coup.

22h. Réveil numéro 24. ‘’ Bonne nouvelle ! On est à 10, ça y est ! ‘’

Joie, excitation interne, Chamois, réveille toi, on y est putain, sors la Go Pro, prépare le body du gosse, redresse toi, peigne toi nom de dieu, sois beau, fais honneur, on y est, lalala, attache moi les cheveux, remets moi le coussin, on va pousser, là, bordel !

‘’ Bon, on va se laisser deux heures voir s’il descend ! A tout à l’heure ! ‘’   

… Heu … Pardon ? …

… S’il vous plait ? …

… Quelqu’un ? …

… On n’accouche pas en fait, là ? …

A partir de là, j’ai compris un truc fondamental pour la suite. Les fameux 10 cm de dilatation, on croit, de coutume, que c’est le sésame. Hé beh je vais te dire un truc : pas du tout. Ca peut aussi juste vouloir dire que la porte d’entrée est CERTES, grande ouverte, mais que le locataire tape un roupillon au fond du garage. Et, que, de plus, il n’a ABSOLUMENT pas l’intention d’en bouger. Une dilatation complète n’est donc PAS, à mon grand désespoir naissant, une certitude d’accouchement par voie basse.

22h45. Ultime exploration gantée de mon dedans par la gentille sage femme. Qui s’écarte, pour laisser place à l’obstétricienne. Mon flair me dit que ça sent pas bon.

’Bon alors … Bébé n’a pas l’intention de venir tout seul nous voir, alors il va falloir qu’on l’aide … un peu … On va donc faire une césarienne. MAINTENANT. Il est trop haut et il ne descendra pas. A de suite.‘’

Il m’est apparu que la meilleure des réparties sur l’instant, face à cette tirade beaucoup trop longue, afin d’illustrer mon désarroi, fut de simplement … dégueuler. Faut pas me provoquer après 2 jours sans bouffer, aussi. J’ai envoyé Chamois dans le couloir pour préserver ce qui me restait de dignité, j’ai prévenu la gentille sage femme d’un timide (mais ferme) ‘’ je vais gerber’’, et vlan.

23h. Je reprends mes esprits et intègre doucement l’idée qu’on va vraiment me découper pour aller chercher Foetu. Je suis en pleine auto-consolation à base de ‘’dis toi qu’au moins, t’auras pas le carnaval de Rio qui te sort du croupion, comme toutes tes copines au moment de pousser, vu que tu vas PAS pousser’’, quand soudain, un visage connu refait son apparition, dans toute candeur : le Lampadaire.

’Je vais injecter un produit dans la perfusion, vous n’allez plus rien sentir au niveau du tronc jusqu’au bas du corps’’.

D’accord Madame. Je vous en prie, ne vous encombrez pas de tact, ça prend de la place pour rien. Je peux pas lutter là t’façon, vous êtes plus nombreuses que moi. Je me demande quel effet ça va f… Ouh, ça fait très froid dans le dos, là. Ha, et ça fait très baver aussi, teh.

Ok, en fait poussez vous, je vais re-gerber.

VOI-LA. Pas le temps de préserver Chamois cette fois. On lui dit qu’il va aller s’habiller pour m’accompagner. Je touche ma jambe, je sens plus rien. ‘Fin je sens que je touche une jambe, mais c’est pas la mienne. C’est dégueulasse. On me fait glisser sur un autre lit, un qui a des roulettes. Je suis une charolaise inerte qui commence à trembler. Le froid, la trouille, la fatigue. Les trois, on sait pas trop.

23h12. On arrive au bloc. Cinq bonnes femmes s’affairent autour de moi. Le geste est rapide, précis. Ca prépare, ça installe, ça vérifie, ça note, ça monte un champ opératoire, et ça … m’attache les poignets en croix. Alors j’avais bien compris que ça serait pas farniente à Majorque, mais de là à jouer à Jésus, y’a quand même un fossé.

Je demande pourquoi on m’attache, la personne la plus proche de moi à cet instant est le Lampadaire, qui me répond brièvement que ‘’c’est normal’’.

Génial ! Je vais mieux ! Tout va bien, les mecs ! C’EST NORMAL !  …

Puis, elle vérifie un truc dans sa voie veineuse et j’ai le malheur de lui demander ce qu’elle fait. Je tremble de plus en plus, je claque des dents. C’est quand même fou qu’il fasse si froid dans un bloc opératoire et qu’on t’autorise pas à apporter ton duvet. Le Lampadaire me répond, agacée, qu’elle va pas pouvoir répondre à chaque fois que je pose une question. Mais PARDON quoi ! J’ai juste pas l’habitude qu’on me taille dans le lard pour en sortir un être vivant ! Que l’on m’excuse !

Il est temps qu’on me rende Chamois, là. Ca tombe bien, il fait son entrée. Chamois est un cosmonaute, ce soir. On lui voit plus que les yeux. Il s’installe sur une chaise à coté de ma tête et commence à me causer.

-       ‘’ On va faire des trucs sympas cet été, tous les trois.

-       Oui … - je sens qu’on me remue, en bas… c’est étrange

-       Tu aimerais faire quoi toi ?

-       J’aimerais … arrêter de claquer des dents … - Ca bouge, ça bouge beaucoup … y’a des bruits bizarre

-       C’est normal, c’est presque fini… Regarde moi, c’est sérieux, tu aimerais faire quoi toi, pour les vacances ?

-       Je veux aller à la mer … On va … lui montrer la mer … - Je crois qu’on est en train de me monter dessus … -

-       Tu veux aller où ?

-       Je veux … visiter le Verdon … tu m’as dit qu’un jour, on irait … - C’est pas une impression, on me monte dessus … on m’appuie fort … je respire plus … on m’écrase … -

-       Regarde moi, chut, ça va. On va aller voir le Verdon, tous les trois. On va partir en camion et on va voir le Verdon, tu vas voir comme c’est beau.

-       J’ai froid … ‘’ - On m’écrase plus. Je me sens légère

Il n’y a plus de bruit. Je ne sens plus la pression sur mes côtes. Je ne sens plus rien. Comme si tout était sur Pause. Quand soudain, un petit miaulement plein de bulles fend le silence. J’arrête de trembler. Je recommence à respirer.  

-       C’était quoi ?

-       C’est lui. Il est là.‘’

Vendredi 1er mai, 23h33.

Tu as donc couiné pour la première fois, avec tes cordes vocales de chaton mouillé, le 1er mai, in extremis, comme pour faire plaisir à ton père. Soit 40 heures après le début du déclenchement. C’est peut être pas pour rien que ce jour s’appelle ‘’Fête du TRAVAIL’’, finalement.  On en retiendra essentiellement qu’il est bien plus aisé de démouler un Flamby qu’un bonhomme de 4,080 kilos. Que les anesthésistes ne sont pas des gens comme nous. Que certains Papas, dans toute la frustration de leur inutilité, peuvent s’avérer héroïques de par leur simple présence, douceur et humilité. Le vendredi 1er mai, à 23h33, on est enfin devenus trois.

Mon Poussin, mon Amour, mon Doudou, tu es plein de cheveux, comme je t’imaginais. Mon Chéri, mon Petitou, mon Bananier, tu as tous tes doigts de pied, je les ai compté. Mon Bébé, mon Petit pois, mon Champignon, tu as des poils au dos, des mains immenses et un tout petit nez.

Maman est défoncée, Papa est chevrotant. On est tellement heureux, on a tellement de chance.

Ca y est mon Canard, c’est fini. Ca y est, mon Croquette.

Tout commence. 

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06 février 2016

La fois où j'ai accouché. - verset I -

 

Bon voilà.  Ca fait 9 mois passé. A peu près le temps qu’il m’a fallu pour digérer mon démoulage. La digestion la plus longue de l’Ouest. Je crois que je suis prête à te raconter. Alors je te le dis de suite : c’est long, donc … ça sera en 2 parties. Oh hé fais pas la gueule, j’ai souffert deux jours pour ça. Donc.

Le jeudi 30 avril dernier, je suis rentrée en clinique pour déclencher l’arrivée de Foetu. En effet, à 15 jours de son terme, ledit Foetu tenait plus du veau adolescent que du lémurien, arborant fièrement un 4 kg bien tassé. Le corps médical a donc décidé, conjointement avec lui-même, qu’il était de bon goût d’extraire mon locataire de sa hutte avant qu’il n’en transperce les soubassements à coups de front.

C’est donc à 7h du matin que nous quittions la maison, mes 12 sacs, mon coussin banane (car quand tu es très enceinte, y’a l’eau, l’air, la bouffe, ET le coussin banane), mes 19 kilos de cul, ma sur-prohéminence abdominale et mon Chamois, prêts à passer la journée la plus importante de notre vie, celle où on allait devenir 3. Haha. Ha. Ha.

A 7h30 on était installés en chambre. A 8 heures, on m’avait déjà branchée à un monitoring et balisée les douves avec le fameux ‘’gel qui fait venir la contraction’’. En voiture Simone, donc. Et Simone roula fort bien, car à peine une petite demie heure plus tard, son ventre se mettait en forme de pyramide environ toutes les 3 minutes au gré de sensations de plus en plus intéressantes. Je vais te passer le détail de cette journée, en fait. Car la vérité, c’est qu’il ne s’est RIEN passé. ‘Fin, rien de concret. Les contractions ont atteint les frontières du réel vers 20h (ouais, on a passé 12h à jouer à la pyramide, toutafé) et puis … elles se sont barrées. Mais BARREES. Y s’est rien passé, c’était juste un tour de chauffe. On s’est regardés avec Chamois, à peu près dépités. ‘’Bon … bah reposez vous, on verra demain ! ‘’

Une blague quoi. J’ai donc pas eu d’enfant le 30 avril.

Le 1er mai dernier, l’empereur, sa femme et le petit prince, après m’avoir annoncé que j’avais pas le droit de déjeuner, on m’a piquée 18 fois, (n’en déplaise à mes veines de criquet qui mange pas) pour poser une voie veineuse. On nous a amené dans la salle de TRAVAIL. Changement d’ambiance, lever de rideaux, toussa. La salle qui dit que c’est plus pour déconner. C’est super grand, y’a la tablette avé les outils, y’a un lit avé la bâche l’alaise de 4 mètres, y’a une chaine hifi pour mettre ta clé USB pour te faire sentir comme chez toi. Sauf que chez toi, y’a pas des étriers planqués dans les placards et que les spatules, c’est uniquement pour remuer la pâte à choux. Donc y’a de l’idée, mais c’est cahème pas super pareil. 7h56, visite du médecin.

-       ‘’ Alors on a deux possibilités. On fait une césarienne tout de suite, ou on déclenche par intra-veineuse pour avoir une voie basse. ‘’

Vu comme ça.

8 heures, injection du jus de déclenchement dans la perf.

- ‘’La douleur va augmenter petit à petit, c’est normal et c’est bien, ça veut dire que le col travaille ! ‘’

Parfait, on va donc ramasser, Encore, peut-être même mieux qu’hier. Oui, je dis ‘’ON’’ parce qu’il ne faut pas oublier Chamois. Certes, l’Homme participe peu à l’effort de guerre, faut pas se mentir. C’est pas lui le béluga ventousé de partout, piqué, à jeun et dépeigné qui se meurt successivement de fatigue/douleur/sommeil/crampes/envie de pisser/douleur/faim/soif/sommeil. MAIS. Comme dirait Cyril Lignac au sujet de la meringue : ‘’Ca sert pas à grand chose, mais ça a le mérite d’exister’’. C’est un peu pareil. Il est là, en ayant très vite intégré qu’il ne fallait pas :

-       Manger son Sodebo poulet-crudités sous le nez du cétacé ;

-       EN AUCUN CAS, DOUX JESUS, JAMAIS, SOUS AUCUNE OBSCURE RAISON : se plaindre qu’il se fait chier.

Si ces deux règles-là sont parfaitement observées, dis-toi qu’il a fait les ¾ de ce qu’il pouvait pour être utile. Comme dirait un bon ami : ‘’ Si tu sers à rien, aies au moins la décence de pas gêner ‘’. –Oui, je suis très ‘’citations’’ aujourd’hui -

La journée se passa, donc. Sonna 17 heures. 17 heures, ça doit être l’heure où on estime que t’en as suffisamment chié, un second jour de déclenchement, pour venir te parler PERIDURALE. La fameuse. L’attendue mais redoutée. La gentille sage femme s’emploie alors à m’hélitreuiller en position assise sur le bord du lit, dos à la porte, et m’explique avec tact que l’anesthésiste va venir faire son office. T’as beau te dire que ‘’après, ça sera méga cool’’, tu le sais, que le petit quart d’heure qui t’attend, là, ça va pas être la farandole des desserts.

17h08 : Entrée de l’Anesthésiste. Alors elle, faut savoir qu’elle est pas là pour être agréable. Après sondage, il apparaitrait assez clair que l’Anesthésiste soit célèbre pour sa cordialité de lampadaire et son humour de blette fatiguée. A croire que plus on sort haut dans le classement de médecine, plus on a de raison de faire la gueule. Bref. C’est le moment où t’es plutôt contente qu’on t’ai assise dos à l’ennemie (et finalement, c’est peut-être pas pour rien, chui en train de me dire). On te pose le scotch en carré dans le dos (qui délimite le champ de tir), on te peint le milieu du carré à la Bétadine, tu entends le Lampadaire déballer son merdier de ses paquets stériles et, fatalement, tu imagines LA seringue.

Etant personnellement très créative dès qu’il s’agit de matérialiser l’HORREUR, je visualise donc, tout naturellement, une aguille de 12 mètres montée sur une clepsydre de 9 kilos. La base.

PIC.

AIE, BORDEL.

20 minutes plus tard. Je dors comme une enclume qui digère.

18h. On me réveille pour me tripoter, voir ‘’où en est le col’’ et placer la sonde urinaire. Je peux apprécier, pour l’occasion, la drôle de sensation d’un mi-corps sous anesthésie moyenne. C’est ni désagréable, ni kiffant, me dis-je, mais d’une extrême étrangeté. De prime abord anxieuse à l’idée de la SONDE (visualisation d’HORREUR, encore), je me suis très vite détendue quand je me suis rendue compte qu’un train Corail pourrait circuler dans mon urètre sans que j’en sache rien. Par contre, je peux remuer les orteils, ce qui n’est pas très utile, je te le concède, mais toutefois rassurant. ‘’ Le col est à 2 doigts’’. Ca c’est ni utile, ni rassurant. Ca veut juste dire qu’on n’est pas prêts de retourner finir ‘’Astérix et le domaine des dieux’’ dans notre chambre.

 

19h. Je me réveille de nouveau. C’est fou comme sous péridurale, on est là, puis POUF, y’a plus personne. Chamois a presque quitté le monde des vivants. Il dort, pendouillant sur le bras de son fauteuil, dans ma veste de jogging (tellement distendue qu’il pourrait y rentrer à trois), de moins en moins bien rasé.

Il fait presque nuit. 

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24 janvier 2016

Les Jouets de Croquette

 

Maintenant que les fêtes sont passées, je crois qu’un petit point s’impose rapport au quintal de cadeaux sous lequel croule l’Héritier. Sous prétexte que c’est son 1er Noël, au type, force est de constater qu'il semblait URGENT et IMPERATIF de le MOISIR pour les 11 ans à venir, en UNE SEULE FOIS. N’en déplaise à mon salon, qui ressemble à s'y méprendre desormais à une arrière boutique de Toys R us, nous avons donc reçu moult présents variés, de moult gens qui nous aiment beaucoup. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de deux d’entre eux qui m’ont particulièrement émue/étonnée/what the fuckée.

Alors. En premier on va causer de la Baraque Bipolaire. Pour te la situer ; c’est une maison qui chante, FORT, quand on appuie sur la fenêtre/la porte/ la sonnette / la lumière de l’entrée, avec une voix de Priscilla qu’aurait aspiré sa cocaïne dans une bonbonne d’hélium. LA CHANSON, donc :

 

‘’Hoooooo j'adore ma maison avec son petit toit rouge,

J'adore me reposer et fermer les yeux,

C'est super un ami, qui vient JOUER ! 

Aujourd'hui qu'est ce qu'on va rigoler !! Gniiiihihiiii !! ‘’

 

Alors déjà : '' j'adore ma maison avec son petit toit rouge''.

Premièrement j’ai envie de demander : ‘'QUI DIT CA'' ?! Ensuite … pourquoi ''PETIT'' toit rouge … ? A quel moment ''PETIT'' est un qualificatif qui convient dans le contexte d'un TOIT ? 

Ca me fait penser à ‘’Top Chef’’, de foutre des ''petits'' partout, là. 

''Alors Chef, je vous ai préparé un PETIT toast de gavial avec sa PETITE émulsion de betterave matelassée sur PETIT lit de meringue suisse doucement revenue dans un PETIT jus de fourme d'Ambert 3ème du nom''

On dirait que quand tu mets PETIT devant, ça concentre le goût. Bref. Où chui partie, là. Oui. Donc voilà, déjà, le PETIT toit rouge. 

''J'adore me reposer, ET fermer les yeux".

J'ai envie de te dire ; si au delà de l'incongruité du propos (genre un enfant qui dit qu'il adore se REPOSER ... Ouais voilà, ouais) de coutume ; fermer les yeux quand tu veux dormir, ça se fait. Tu te reposes, tu fermes les yeux, ça commence par là. Nonobstant ; je vois absolument pas le lien avec le petit toit rouge sus-cité. Mais alors, sur l'échelle de l'ABSOLUEMENT PAS, on est genre LA.

''C'est super, un ami, qui vient JOUER ! '' 

Ok donc t'étais peinard en train de kiffer ta sieste, puis pouf, un ami qui vient jouer et c'est super. Pourquoi pas, après tout. Mais bon. Moi quand je dors depuis 10 minutes, j'ai pas spécialement envie d'aller taper un tour de balançoire dans l'instant, mais ça appartient à chacun, c'est sur.

Je m'excuse par avance, hein. J'imagine que y'a des gens qui ont bossé sur le truc, faut pas juger sans savoir, tu connais pas sa vie, toussa, 'fin ... y'a cahème, si je ne m'abuse, hein, de quoi s'interroger sur l'aspect schizophrénique de l'enchaînement phrasé, quoi : Le mec il a huit mois, ok. Il adore son toit rouge, il ferme les yeux pour pioncer et YEAY !! Un ami vient jouer, putain. En fait, c’est un résumé de l’après midi entière en 6 secondes. Je vois que ça. (Même si ça règle pas le problème du toit rouge). Soit.

Après. On a La Coccinelle qui se chauffe GRAVE.

Tu prends un CM2, tu le poses dans un amphi HEC et t’attends de voir ce qui se passe. C’est un peu l’idée.

La Coccinelle qui se chauffe GRAVE, on peut rentrer des cubes de différentes formes sur son dos (jusque là, rien de scandaleux). Elle te dit le nom de la forme du trou que tu es en train d’essayer de conquérir (arrête tout de suite de penser à un truc crade, on parle jouets pour nourrisson. Tu cesses).  Donc t’es là, t’as huit mois, tu joues.

‘’ CARRE !! ‘’ Ok, carré, la base. Le parc est carré, la table du salon aussi, je visualise. ‘’ROND !! ’’ Ouais le rond, ça marche aussi. La balle, le soleil, ma propre tête, ça va. ‘’ TRIANGLE !! ‘’ Ca devient tendu, les mecs. 

‘’HEXAGONE !!’’ Non mais là faut se détendre VELU. ALLO, J’AI HUIT MOIS, J’AI A PEINE CONSCIENCE QUE J’AI DES PIEDS !

HEXAGONE, quoi. La première fois, ça m’a moulu de rire.

Je propose donc ‘’PARALLELEPIPEDE TETRICEPHALE EN DOUBLE SAUT PERILLEUX ARRIERE CARPE’’ pour la prochaine tournée de Coccinelles !

Continuons. Tu la tripotes un peu partout, et elle fini par te sortir un tonitruant :    

En avant pour une ballade EDUCATIVE ! ‘’

Ouais, ‘’EDUCATIVE’’, La Coccinelle dit ''EDUCATIVE''. A un enfant de huit mois, toujours. Moi du coup, j’attendais la suite. Ca aurait été intéressant d’aller ou bout du concept, genre :

’Alors sur ta droite, moyennant une rotation de ton pôle céphalique d’environ 67 degrés, grâce à la forte propension pivotante de tes vertèbres C1 et C2, tu peux admirer les culottes de maman qui sèchent sur l’étendoir. FANTASTIQUE, ISN’T IT ? ‘’ Mais non. C’était juste ‘’allez go, on y va !! ’’ … puis pouf, c’est tout.

Sur ce, je te laisse, j'ai un enfant au nez dégueulasse à aller regarder dormir. Parce que chacun sait qu'un enfant qui ronfle, c'est suspect, mais bien moins qu'un enfant qui d'un coup, ne ronfle plus.

Toi même tu sais.  

  

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10 janvier 2016

J'AI MAL AUX MATHS ...

 

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Est ce que je  t’ai déjà causé de ma dyscalculie ? Non, hein. Faut que je te raconte. C’est assez exotique comme concept. Tu crois que c’est juste ‘’avoir du mal avec les chiffres’’, chui sure. Que nenni. Non seulement tu ne sais – effectivement - pas compter, mais ça s’applique à moult sujets et situations de la vie courante. Parce que ‘’pas savoir compter’’, tu me diras, une calculette dans le sac et en avant. Haha. Nein, nein, petite fleur. 

La dyscalculie, c’est une histoire de logique globale qui déconne. Enfin, c’est pas qu’elle déconne. C’est juste qu’elle est beaucoup trop personnelle pour pouvoir sévir en société. Comment t’expliquer. C’est bien au-delà de pas saisir les subtilités de Pythagore. C’est plutôt genre avoir du mal à comprendre pourquoi 1 + 1 ça fait pas 11. Tu visualises ? – Et arrête de lever ton sourcil comme ça, je suis très sérieuse –

Parample, ce signe là ‘’>’’. Je sais vaguement que si on met un chiffre de chaque côté, y’en a un qui sera plus grand que l’autre, mais je reste incapable de savoir dans quel sens faut tourner le ‘’>’’, et toutes façons, la seule chose que ça m’évoque, c’est que ça ressemble au trampoline qu’on avait en GRS. Comment ça, ‘’je fais pas d’effort ? ‘’…

On pourrait parler aussi de la géométrie. Cette vaste blague qui combine des traits, des chiffres ET des lettres qui se calculent. Calculer des lettres, ouais. Dans MA logique, c’est l’apologie du non sens. 

                                                                                                      trouverX

Ca me fait penser au pauvre prof de physique qui a un jour tenté de me faire intégrer une équation bilan. T’as un signe ‘’ = ‘’ au milieu de deux suites de chiffres et de lettres au carré et tu dois EQUILIBRER le merdier en faisant passer des chiffres et des lettres d’un côté ou de l’autre du ‘’=’’. Allo quoi. Mon immense doute sur le bien fondé de la manœuvre me poussant à préférer lire Stephen King en fond de classe, je me mangeais un invariable ‘’ ne fait aucun effort’’ sur le bulletin trimestriel. Oui, déjà. Oui, encore. J’y peux rien si on m’intéresse pas.

Bref. Egarement.

La dyscalculie, ça marche aussi lorsque tu veux faire un gâteau. Parce que, quand t’as une recette avec des centilitres et que sur ton verre doseur, c’est des millilitres, tu frôles la phlébite. Concevoir qu’une quantité d’un truc liquide puisse avoir un équivalent poids, avec des GRAMMES, là on touche du doigt le firmament de l’impossible. Et si, pour t’achever, la recette est pour 5 personnes et que tu es que 3 … alors là … trois pénibles solutions :

    - Appeler ton mec qui va t’insulter parce qu’il t’a déjà expliqué 428 fois la REGLE DE TROIS ; (une sombre histoire de division qui faut faire quand le nombre d’invités est pas le même sur la recette et dans la vraie vie, en gros. Mais faut pas forcément diviser par 3 du coup tu sais pas trop pourquoi ça s’appelle comme ça, et ça te fait juste penser à ça à :

                                                                                                 20070622-081748-g

     - Changer de recette (mais ça fait chier parce qu’elle était bien) ;

    - Faire des calculs tout l’après midi à base de petits traits sur une feuille et de comptages sur les doigts. 

                                                                                                compter-les-jours

 

Tu commences à comprendre l’étendue du problème, je le sens.

Mais le problème, il s’arrête pas là.

La dyscalculie, c’est aussi un sens de l’orientation épouvantable. Le rapport ? Une représentation de soi (et du reste) dans l’espace, complètement cosmique. Tu sors d’un parking sous terrain dans un quartier que tu connais très bien, MAIS, pas à la même sortie que d’habitude. Bah t’as l’impression que t’es pas dans la bonne ville. Il te vient même à l’idée, de façon très sérieuse, qu’on a changé les immeubles de place depuis la fois d’avant. Un GPS qui te lâche et c’est la débandade intersidérale.

                                                                                                gravity-de-alfonso-cuaron-avec-sandra-bullock-et-george-clooney4

Il va sans dire que ‘’la droite et la gauche’’ reste un concept totalement abstrait, surtout dans la mesure où tu aurais ‘’décidé’’ d’être gauchère contrariée avec surcouche d’ambidextrie sélective. Au cas où on s’ennuierait.

En fait plus je te raconte, et plus je me rends compte à quel point c’est compliqué à expliquer sans passer pour une tarée. Ou une attardée. Voire les deux.

 

Je me suis, de fait, moi-même demandé si y’avait pas un souci d’ordre plus profond. Parce que oui, arrive un moment où la question se pose d’elle même ; ne serais-tu pas, tout simplement, JUSTE CON ?

Non, parce que c’est bien pratique d’aller voir ‘’Interstellar’’, de dormir 1h45 et de pas être plus paumée qu’au début pour la simple raison qu’on t’avait déjà perdue à 8 minutes de film. Mais amandonné, faut s’assurer que y’a pas gravillon dans le rouage.

Moyennant quelques heures passées dans un bureau, avec une dame à lunettes, avec des cubes, des dominos, et la ponte sans appel d’un WAIS-III* en virile bonne et due forme, soyons rassurés : je suis pas con.

’Pas câblée pareil’’, mais pas con. C’est déjà ça.

 

Ca résoudra pas mes multiples problèmes pâtissiers. Ni l’apoplexie que je me tape semestriellement pour les soldes, avec les ‘’%’’ partout, là. Et encore moins le mystère de l’espace-temps, genre ‘’ tu mets une montre par terre et une autre à 10 bornes en l’air, le temps, y passe pas pareil’’.

C’est ça, ouais.  

 

*Test de Wechsler – Echelle intelligence -

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25 juin 2015

Je crie ton nom, MATERNITE !

Qu’on soit bien clairs ; que celui qui a prétendu un jour que ‘’la vie avec un bébé, c’est comme avant, sauf que y’a un bébé’’ soit sur le champ pendu par les parties avec ses propres intestins. Bases ainsi posées, je m’en vais vous conter la vérité du comment ça se passe, en vous demandant au préalable de bien vouloir m’excuser pour mon français désormais approximatif. Se trouve que mon interlocuteur premier, principal et quasi unique est relativement limité en terme de communication, de ce fait, j’en ai un peu perdu ma verve (oui, ça ressemble au mot qui désigne le sexe masculin mais ce n’est pas le même, calme-toi).

Sache tout d’abord que pour l’heure, je te ferai grâce du récit de mon accouchement. Je sais, c’est décevant ; il se trouve que j’ai vraisemblablement pas encore digéré l’événement susdit (surtout le moment où on m’a dit que la péridurale, ça faisait pas mal et que j’en ai retenu une douce sensation de tripotage de moelle à l’aide d’une gouttière biseautée). Cette parenthèse à elle seule te signifiera normalement que c’est trop tôt pour en parler.

Parlons du reste, donc.

Avoir un bébé, c’est tout d’abord perdre IMMEDIATEMENT, VIOLEMMENT et de façon DEFINITIVE toute notion d’égoïsme. A toutes celles qui prétendent qu’elles ‘’s’aménagent du temps pour elles’’, je dis ‘’ ARRETE UN PEU TES CONNERIES, MEUF’’. Le principe de base de l’entrée dans la vie d’un nourrisson, c’est l’arrêt instantané de tes besoins vitaux à toi ; c’est à dire manger et dormir.

Tu devras donc t’habituer à manger :

-       En 4h ;

-       Froid ;

-       Seul(e) ;

-       Un autre jour.

A peu de chose près, le sommeil c’est pareil. En 4h, si tu es chanceux(se). Seul(e), souvent parce que quand tu dormiras, l’autre sera en train de marcher partout dans le salon comme un pélican (genoux fléchis pour donner plus-value au berçage). Et si comme moi, les seules musiques que ton enfant tolère pour le calmer sont le bluegrass et le métal allemand, ça te promet des nuits intéressantes.

Tu devras aussi faire face aux ‘’angoisses du soir’’. Terme employé pour désigner le moment, quotidien et parfois extrêmement long, où le bébé dévisse littéralement (et sans AUCUNE RAISON, BORDEL) et se met à hurler à la mort sous la lune montante. Tu sais, ce grand moment acoustique de quand il a FAIM et qu’il se transforme en Sher Khan. Bah pareil, mais des heures durant. Un jour de grande forme, le mien a tapé les 4h30 (soit un Toulouse/Bordeaux A/R, pour situer) de mugissement inconsolables. C’est d’ailleurs ce jour-là que j’ai pris toute la mesure des mises en garde des copines à base de ‘’tu verras, un jour t’auras envie de le lancer dans le mur, c’est normal, ça fait pas de toi quelqu’un de mauvais’’. T’as beau être Sœur Patience, cet instant où tu le tiendras à bout de bras en tremblant, pleurant aussi fort que lui des ‘’MAIS POURQUOI TU FAIS CAAAAA, TU M’AIMES PAAAAAS HINNNNNNNN ARREEEEEEEEETE HHHHHHHHHIIIIIINNNN PITIEEEEE ‘’, ce moment où tu te dis que c’est lui ou toi, tu y passeras aussi.

Dans la section ‘’grande découverte’’, nous pourrions citer la prise de conscience de fonctions avancées de Bonobo, lorsque tu attraperas de plus en plus de choses avec tes pieds ou ta bouche, faute de mains.

Ensuite, dans la catégorie des ‘’choses qui gavent’’, toi qui sais pas encore, et toi qui ne sais que trop bien, j’ai envie de nommer :

-       Ce PUTAIN de bouchon de Calmosine 800 fois trop gros qui manque de te stranguler le gosse à chaque prise ;

-       Cette PUTAIN de bague de biberon que tu auras oublié de visser, de préférence de nuit, vidant ainsi l’intégralité du bordel sur la tronche de l’enfant –qui criait déjà très fort- ;

-       Quand tu viens de le/te changer et qu’il te lègue sur l’épaule un renvoi en mode L’exorciste ;

-       Quand tu contemples pendant 1h30 ton thé qui refroidi, ou ton portable qui sonne, ou la télécommande que tu peux pas attraper parce que tu préfèrerais CREVER que de bouger de peur qu’il se réveille ;

-       Quand tu te rendras compte qu’avant, tes colliers préférés tu les portais tout le temps et qu’aujourd’hui, tu ne les portes SURTOUT PAS ;

-       Quand l’intégralité de tes orteils décident de craquer EN MEME TEMPS quand tu rentres dans sa chambre comme un ninja (pour la 12ème fois) vérifier que l’héritier respire.

Enfin, pour parler deux secondes de nos agissements somme toutes assez étranges rapport au nouveau né, j’ai envie de relever :

-       Qu’après avoir compris qu’il aimait le bruit de la douche, je suis allée chercher spontanément une appli ‘’ruisseau’’ pour calmer les crises ;

-       Qu’on a cette tendance inexplicable à adopter une voix de Bee Gees quand on lui parle ;

-       Qu’en un seul sourire, le ciel bleu sur nous peut s’effondrer ;

-       Qu’on donnerait royaume, économies et dernier Granola pour un rot ou un caca qui se fait attendre.

Paraît qu’on oublie tout ça. Le chiant, je veux dire. Paraît qu’ils nous ouvrent le cœur tellement en deux qu’à moyen terme, on fait une amnésie des faits.

De fait, j’ai supplié mon type de me gifler poing fermé dans 4 ans.

Quand j’aurai oublié moi aussi.

Et que  j’en réclamerai un autre.

 

A Pupuce & Didge, Nathalie, Laura, Gégé & Pierre, David, Yannick, Lauranne, Dorine, Adeline, Emilie T., Sabrina, Coralie L. & Mumu, Virginie, Fabienne, Claudie, Marieke, Nathan …

Et à Karine, Alice et Elodie & Ludo, bonne découverte !

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14 février 2015

Nombril, Epilation & Diabète.

Bien le bonjour et la bienvenue, toi qui viens te délecter sournoisement, bien qu’avec tendresse, des maux actuels qui m’assaillent sans répit aucun. Oui, je parle de ceux de ma grossesse, parce que oui, je suis TOUJOURS enceinte, tellement que je commence le 7ème mois, tellement, que j’ai l’impression d’être enceinte depuis 8 ans.

C’est en cette Saint Valentin 2015 que je reprends la plume pour te conter les méandres de ma gravidité désormais envahissante ; la traditionnelle culbute de ce jour d’Amour semblant par chez moi compromise, si l’on en croit l’état semi létal dans lequel la grippe a laissé mon Bien Aimé Engrosseur, ainsi que les quelques difficultés à se mouvoir rencontrées par mon propre corps.

 

DONC, on en était où ?  

 

Le non-foie gras- à Noël, Le réveillon au Champomy – Le coucher à 1h pendant que les copains descendent la rue ivres morts en luge en chantant ‘’jette le jus, garde la viande’’, c’est fait.

 

Aujourd’hui, nous en sommes à :

 

- La flottaison dans la baignoire. Rien à faire, mon boul refuse depuis un petit moment de communier avec la faïence. Le bain est désormais synonyme de ‘’je me gèle les meules’’ - qui sont passées de ‘’considérables’’ à ‘’indécentes’’ -.

 

- L’aplatissement ombilical. Il y a eu la fameuse ‘’Ligne de grossesse’’ (tu sais, ce trait plus ou moins droit et plus ou moins foncé qui traverse la partie basse de ton ventre en vertical, apparu au tout début de la grossesse et qui ne cesse de hurler à la face du monde ‘’ FEMME RESERVEE/PLEINE/INCUBATEUR/EN GESTATION’’ ? Itself). Après La Ligne, donc, a eu lieu la désintégration progressive de mon nombril. D’un petit trou joli et parfaitement rond, je l’ai vu remonter petit à petit jusqu’à devenir PLAT. Ce jour, j’ai le nombril PLAT, te dis-je. Plat et marron, ce qui lui donne un visu relativement crade alors que que neni. Lorsqu’il m’arrive de m’en plaindre, on me répond invariablement que ‘’bientôt, il va SORTIR’’. Je guette donc avec angoisse ce moment où j’espère entendre un ‘’PLOP’’ annonciateur de ladite antéversion.

 

La Démarche de gros canard. Phénomène approximativement expliqué par le poids du ventre qui engendre une bascule compensatoire du bassin vers l’arrière, ce qui donne à ta cambrure naturelle –jadis un galbe agréable -, désormais un aspect de palmipède maladroit qui porterait des valises. De fait, tu as proscris les talons hauts qui donneraient fatalement à l’exercice du simple déplacement une dimension somme toute périlleuse.

 

- La fin des nuits sur le ventre. Ca fait partie des douceurs de la vie du temps jadis à oublier. Cette position complètement puérile mais ô combien confortable consistant à s’aplatir, un genou replié sur l’estomac et les bras croisés sous le coussin, c’est fini. Il te reste sur le côté, ou sur le dos et de mon expérience, crois bien que tu seras vite rappelée à l’ordre par des coups de pompes internes bien sentis si jamais par mégarde tu écrases le Fruit de ton Amour contre le matelas.

 

- La perte progressive de toute autonomie. Ha ça te faisait marrer les copines qui disent qu’amandonné, on peut plus mettre ses chaussettes toute seule. En fait, c’est absolument pas drôle. Tout comme d’avoir besoin de se faire hélitreuiller du canapé, du lit, de la baignoire et de ne plus pouvoir se mettre à genoux ou à quatre pattes sous peine de finir comme une tortue renversée. Vis ma vie sans abdos, bonjour.

 

- L’épilation à l’aveugle. Parce qu’autant tu vois encore tes pieds faute de pouvoir les toucher, autant tu peux toujours toucher ton entrejambe, mais par contre tu la vois plus. Ce qui promet des moments intéressants de contorsionnage et autres tentatives de ravalement abdominal pour s’épiler le maillot, parample. Epilation qui se pratique donc ‘’au toucher only’’ et qui donne lieu à quelques angoisses à Calicéo.

 

- Un sens de la mode discutable. Oubliés les talons, on a dit. Oubliés avec tout ce qui faisait que tu étais une Femme apprêtée et coquette (NON, ce ventre proéminent cadeau du ciel d’un coup de rein bien calibré ne remplace PAS une mini jupe en 36 rapport à la sainte féminité. NON.) On va à l’essentiel aujourd’hui : on va vers le jean à élastique dégueulasse MAIS, l’unique qui ne te tronçonne pas en deux. On va vers la robe pull, le legging salvateur, la godasse plate. Oubliés les jolis collants, les chemisiers pigeonnants, le taille ultra basse. Oublié ta vie. Le seul truc positif, c’est que si tu as la chance de pouvoir les porter de nouveau en post démoulage, quand tu vas retrouver tes fringues, ça sera comme une Fashion Week sous tes yeux.

 

Bref voilà, on en est là, en gros. Nonobstant, il reste un truc imparable pour si malgré tout, tu ramasses pas encore assez. Ce qui est -->mon casVisualiser le mec avec son micro à la fête foraine qui gueule ‘’ VOUS EN VOULEZ ENCOOOORE ?! Allez on lève les bras Simone, on crie bien fort et çççççççççççaaaa repaaaaaart !! ‘’ –

J’ai eu un moment de lassitude, donc. Ca devenait presque facile.

ALORS, j’ai donc opté pour un bon gros DIABETE GESTATIONNEL des familles. Ouais, mec. Les restrictions liées à la toxo sus-citées, et celles de la listériose, c’est pour les jouvencelles (tu sais, les sushis, le pâté, le sauciflard, la barbaque saignante, tout-ce-qui-est-bon-bordel). Si tu fais partie des élues sur qui tombe le fameux diabète de grossesse (soit environ 6% des femmes enceintes, petite chanceuse), tu devras aussi rayer de ta maigrelette liste de courses tout ce qui contient DU SUCRE. Tu apprendras en premier lieu que du sucre, y’en a pas que dans le Nesquick. Tu concluras en second temps, au bout de 3 semaines environ dudit régime, la résignation totale ayant empli ton âme, que du sucre, y’a en fait que dans les brocolis qu’il n’y en a pas.  

Tu découvriras par la même, l’immense joie de te buter les doigts 6 fois par jours avec un petit appareil pourvu d’une aiguille pour contrôler ta glycémie avant et après manger. Oui Madame, un régal je te dis. Le seul moment de ta carrière où tu seras contente d’être en hypo, parce que ça voudra dire que OUI, tu pourras manger 4 farfales et demi avec tes 12 tonnes de haricots verts à midi. Joie. Tu seras tout naturellement orientée vers une nutritionniste pour t’aider à réguler tout ça, toi qui n’a jamais prêté attention à aucune étiquette d’aucun paquet de quoi que ce soit. Là aussi sévira la règle des 3 semaines. Au premier rencard, tu seras aussi motivée et guillerette qu’une stagiaire de 12 ans au rayon ‘’chatons’’ de Jardiland, presque belle et si touchante par ton envie de bien faire.

 Ce qui partait si bien donnera, aux alentours des 3 semaines post début du régime donc, ce genre de conversation avec ta nutritionniste :

-       Bien, et est ce que du blanc de poulet vapeur le matin est envisageab…

-       Non.

-       Mmmh très bien. Parvenez-vous à boire les 2,5 litres d’eau par jour ?

-       C’est compliqué.

-       Mmmh, le manque de goût ?

-       …Voilà.  Vu que c’est de l’eau. 

-       Alors ce qu’on peut faire, vous faites cuire des poireaux, avec des carottes, et puis du céleri dans une cocotte et vous récupérez l’eau, que vous conservez dans des pots de fromage blanc par exemple, et vous buvez ça. Ca donne du goût, chaud ou froid, j’ai des patientes qui ador…

-       Ca va pas ou quoi … ?

-       Mmmh très bien. Je vois ici que vous avez pris une collation avec du fromage, c’est très bien. Mais pourquoi il n’y a pas les 20 grammes de pain complet avec ?

-       Parce que j’en avais plus.

-       Ah. Alors quand c’est comme ça, vous pouvez prendre une petite poignée de flocons d’avoine, sans rien et vous mâchez bien. C’est envisagea…

-       Non. ‘’ 

‘Fin tu vois l’idée, même si de base tu es un être charmant, la frustration chronique compilée à l’overdose de fromage blanc matin/midi/soir/goûters/solide/liquide/en perf’/par tous les trous te fera très, très vite devenir une sombre conne obtuse aux yeux de la dame.

Sur ce, je vais m’arrêter là. La prochaine fois, je pourrai te raconter les débuts de mes cours de préparation à la naissance dans lesquels j’ai placé de grandes espérances de rigolade. Je te parlerai aussi de mon appréhension quant à la fameuse péridurale ; ma tolérance à la frustration étant environ relative à celle de la douleur, ça nous promet de délicieux moments de partage. Ouais, j’ai la larme quand le coiffeur me tire les cheveux, donc bon, y’a moyen qu’on rigole. On se revoit, on s’en reparle. Bisou.

2015 BROWN - Enceinte2

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